La chronique
Un chanteur en flou sur la photo du livret, le bassiste Jérôme Dupras qui donne également des cours d'environnement à l'université de Montréal, le compositeur et auteur Jean-François Pauzé qui revendique une crise d'inspiration, et Marie-Annick Lépine, violoniste et arrangeur du combo, bougonnant publiquement face à l'avalanche d'orchestrations qui lui tombent dessus à l'instant de la réalisation de ce disque : décidément, et malgré un succès qui leur fait vendre leurs albums par containers entiers, les Québécois des Cowboys Fringants ne suivent que rarement les règles du jeu du métier, et ce n'est pas là leur moindre charme.
Ce huitième album en studio (et onzième réalisation toutes catégories confondues) interrompt donc un silence de trois années (L'Expédition, 2008), et s'annonce, en onze chansons en un peu plus de quarante minutes, comme l'album le plus ramassé, le plus virulent du groupe. Le quatuor a en effet ouvertement pensé à la scène durant son élaboration, et donc à la nécessité d'une couleur musicale plus rock, et d'une volonté d'énergie de tous les instants. Mais ce qui fait la saveur de nos lointains cousins (dont le joual, que l'on retrouve, en particulier dans le savoureux « Marilou s'en fout ») reste inaltéré.
De son propre aveu, Pauzé compose en regardant autour de lui, rendant compte tant des désordres intimes (une séparation, quelque part entre Montréal et Paris) que sociaux. Dédié aux travailleurs de l'Assomption, « Shooters » évoque ainsi la fermeture d'une usine Électrolux et ses ouvriers groggy, alors qu'en ouverture, « Télé » trace le portrait d'une femme prête à vendre son âme au diable télévisuel. Le groupe tente même ironiquement de conjurer l'inévitable avec « Has Been (On est des) », sort funeste qui pend au micro de beaucoup d'artistes.
Une girouette en devanture, des rimes qui riment à rendre compte d'une époque troublée et de quelques mises en garde : les Cowboys Fringants, toujours actifs au sein de leur fondation écologique veillant à réduire les émissions de carbone, et tout comme nous, s'interrogent, doutent, pèsent le pour et le contre, mais poursuivent la lutte. Et c'est sans nul doute pour cela qu'on les aime.
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