La chronique
Au risque de paraphraser une fameuse pochette d'album d'Elvis Presley, qui annonçait 50 000 000 Elvis Fans Can't Be Wrong, on introduira le débat en assurant que les 800 000 personnes qui ont acheté un billet pour la tournée 2010 d'Indochine, et à fortiori les 80 0000 qui ont rempli le Stade de France le 26 juin, ne peuvent pas avoir tort. Ils en sont d'ailleurs repartis ravis, avec des étoiles dans les yeux et des refrains dans le c?ur.
Le DVD qui en témoigne le prouve dans les grandes largeurs, mais quid de la version sans les images ? Un CD live n'est pas un artefact obsolète quand il réunit trente titres historiques captés lors de ce qui à ce jour reste le plus grand concert jamais donné par un groupe de rock français. Et le rock, c'est bien ce dont il s'agit, tant le rouleau compresseur usiné par le groupe de Nicola Sirkis défouraille, charcle, balance un son cathédralesque. Les rances contempteurs qui persistent à décrire Indochine comme un succédané pop Bontempi hors de saison devraient enfin se rendre à l'évidence et écouter : Putain de Stade aligne les tubes, certes, mais tels qu'ils sont dans leurs atours 2K10 : bavant d'électricité virile, et musclés par les ch?urs incessant de milliers de poitrine qui chantent du début à la fin du show, et pas seulement les refrains.
« Play Boy », par exemple, ou « Drugstar », ont un potentiel abrasif unique. Deux heures trente de baston aurait été digne d'un free fight jusqu'à ce que mort s'ensuive, il a donc fallu laisser quelque répit, comme « Tes yeux noirs », en acoustique, avec piano, saxo de Dimitri, l'ancien toujours proche, et accords folk de Lou Sirkis, fille de feu Stéphane, dont le groupe Toïbloïd a ouvert quelques dates sur la tournée. La session acoustique, au deux tiers du show, permet également de souffler avec un panoramique du catalogue qui va de « Kao Bang » à « She Night », avant de revenir au son d'airain et que la fête se conclue sur un incontournable « L'Aventurier » générationnel.
Exsangue, l'auditeur rend les armes quand il arrive au bout du voyage, avec le sentiment d'avoir expérimenté le mode essorage d'une machine à laver : ce soir là, Indochine était puissant, sûr de lui, dominateur, avec des éclairs d'émotion et un savoir-faire unique. Le rock de stade est un concept en soi, Indochine en a inventé la version française, sans rien perdre de son charme ni sacrifier à la facilité.
Jean-Eric Perrin
Copyright 2011 Music Story
Réagissez