La chronique
Avant la musique, il y a l'histoire de ces quatre garçons dans le vent de l'histoire du rock hexagonal, qui, dix ans après leurs premiers émois musicaux, sont toujours ensemble. Et ont plusieurs mois durant lâché leurs instruments pour des truelles de maçons, afin de faire sortir de terre leur propre studio, quelque part du côté de Montreuil. Et avant la musique, aussi, il y a les images : celles d'un vidéo-clip en illustration de la chanson-titre, incluant les visages des musiciens dans quelques considérables blocksbusters des seventies et eighties (de Retour vers le futur à Rambo, en passant par Shining), entre clin d'?il et affirmation de la persistance de la fan-attitude, malgré les années qui s'égrènenent ; et, last but not the least, l'iconographie de cet album, océan et cieux psychédéliques et moirés, que l'on doit à Mai Ito Delhomme.
Et puis et enfin, il y a les treize chansons de ce troisième album, livrées en cri primal revendiqué (on ne sait comment les idées nous sont venues, et il n'y a pas de concept), mais qui peuvent, a priori, se parer de la vertu essentielle d'offrir exactement ce que souhaitaient les Stucks à cet instant précis, à force de peaufinages méticuleux, et de bride lâchée à l'envie, et au plaisir. C'est sans nul doute ce qui explique que cohabitent ici - premier tour de force - electro et grunge, tendre intimisme et rock pour péplum, sans le déficit d'un résultat global disparate, mais riche d'une force collective.
Et c'est également pour cela que, bien que chacun saura y élire son favori (on peut légitimement saluer le mur du son de « Brother » en ouverture comme l'un des sommets du disque), ce ne sera pas - deuxième tour de force - au détriment des autres plages : le déchiré « Let's Go », un très tournoyant « Fred Mercure », la cavalcade et l'envolée de « September », « Tender » le bien nommé, l'énigmatique et heurté « Bandruptcy » et les autres refrains s'imposent tous en quelques mesures comme d'originales compositions originales, c'est-à-dire servies par le traitement univoque et complice d'un quatuor soudé, comme doit l'être un authentique groupe de rock.
Pursuit s'achève par un « Purple » agencé comme une énigme à tiroirs, entre scansions et sauts chassés, rupture et impulsion, qui, manifestement, n'appartiennent par ici qu'à Stuck In The Sound, et par un titre instrumental non identifié, frémissant de crissements et larsens, dont les trébuchements servis par des guitares électriques et acoustiques entrecroisées, frôlent l'épique : la conclusion est considérable, et l'opus pas très éloigné de la perfection.
Réagissez