La chronique
On ne résiste pas au plaisir de rappeler que plâtre et ciment sont des poudres qui durcissent par hydrolyse, ce qui n’a certainement aucun rapport avec le premier album de Jean-Louis Aubert après la séparation de Téléphone, sauf qu’avec un titulaire du bac C, il convient toujours de se méfier.
Replâtrage donc, ou ciment conçu pour durer, c’est peu de dire que tout le monde attend le chanteur au tournant, fusils à pompe en batterie (on ne brûle bien que ce qu’on a adoré, etc…), au moment de la sortie du disque. Pourtant, le single, publié quelques mois auparavant et qui figure ici (« Juste une illusion », comme un regard déchiré jeté sur l’aventure des dix dernières années), semble assez explicite : cette première livraison en solo (et sous fausse appellation collective : même si Kolinka s’occupe ici des tambours, et que Daniel Roux, bassiste du tout premier groupe d’Aubert, s’offre un éternel retour, on sait qui est le patron) sera déchirée, fantasque, outrancière, et talentueuse. Ce qui peut assez passablement résumer notre bonhomme.
Produites par David Tinkle (garçon surchargeant légèrement des mélodies confiées dans un passé récent par Peter Gabriel, ou d ‘autres), ces onze chansons ne se dégagent pas des racines rock qui sont celles du musicien depuis ses débuts professionnels (on ne s’en étonne pas), mais élargissent le champ d’investigation, offrant une couleur funk, somme toute inattendue, à certains refrains.
On relève la présence du duo Wendy & Lisa (elles furent jeunes femmes sexy en mitaines à dentelle pour le compte de Prince & the Revolution), et on goûte une très belle chanson (les autres ne sont pas mal, allez) : « Les Plages » transporte dans un refrain addictif quelque chose de violemment mélancolique, comme une rage d’iode et de sang mêlés, jusqu’au bout du désespoir.
C’est aussi beau que le « Hors Saison » de Francis Cabrel, et, vingt années plus tard, cela l’est resté.
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