La chronique
Donc, la famille. La vraie, en format Le Quesnoy circa La Vie est un long fleuve tranquille, grâce aux authentiques parents du petit Philippe, en photo et chanson (« Il veut faire un film », où on les contraint de chanter - faux - des horreurs). Le jeu de la famille certes, avec la fille Edie (dans l'insane « à toi - à toi »), et la compagne Jeanne Balibar, piaillante dans un prometteur « J'Aime tes fesses », qui n'est pas sans évoquer une version cheap du « Love On The Beat » de Gainsbourg. Et puis, cette exhortation en intitulé : désormais, appelez-le Katerine. Philippe Katerine.
Juste après, il conviendra de se rattacher aux branches des statistiques (24 titres en 50 minutes), afin de ne pas être emporté par ce malstrom d'haïkus qui encadrent les quelques rares chansons (ce truc de trois minutes, avec couplets et refrain, qu'on peut éventuellement chantonner sous la douche) du programme. Donc, après s'être penché (sans tomber) sur quelques mignardises (« bonjour, je suis la Reine d'Angleterre, et je vous chie à la raie »), on portera son attention sur « Des bisoux », punk song maniaco-dépressif et donc vaguement désespéré, et sur « La Banane », tube prévisible (et premier single, pour un refrain repris en ch?ur par les foules extatiques) du lot, sous manifeste inspiration de l'immense Sim.
« Sac en plastique » réjouira les mélancoliques, et la suite de l'album (le vindicatif « Té-lé-phone » et l'onirique « Parivélib' » et son apologie de la consommation de substances psychotropes, la tendresse de « Vieille chaîne » et l'acidité de « Morts-vivants ») confortera l'auditeur de province qu'il s'en passe de drôles à la capitale, là où des chanteurs manifestement sous courant alternatif et en rupture de fraises Tagada, osent tout (« juifs et arabes, ensemble ») et n'importe quoi (« c'est affreux, j'ai rêvé que je suçais Johnny »). Le tout en lo-fi pop bringuebalante, et faussement aléatoire. Les garants d'une certaine légitimité historique rechercheront avec profit quelques incunables de Maajhun ou d'Albert Marcoeur, voire les fulgurances de jadis signées Areski et Brigitte Fontaine, preuves au sommet que l'art de Katerine vient de loin.
Les autres pourront se contenter d'effectuer l'achat de maillot de sportif américain légèrement enrobé de l'illustration du livret. Et non, les parents ne sont pas à vendre.
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