La chronique
Si Raphaël a des influences identifiables, de Bowie à Bashung, le chanteur a lui-même réussi en cinq albums, à imposer un style reconnaissable dès la première note de guitare sèche. Pacific 231, c'est en musique, le premier des trois mouvements symphoniques écrits par Arthur Honegger. Ce thème lui a été inspiré par la locomotive à vapeur du même nom, lancée en 1922. Rien d'étonnant à ce que le Pacific 231 de Raphaël contienne la « bashungienne » « Locomotive » signé Dick Annegarn, ni qu'il y ait un wagon en arrière-plan de la pochette. Vous avez dit album-concept ?
Toujours est-il que ce visuel esthétique, entre Kubrick et Gondry, suscite un sentiment étrange. Raphaël, entouré de vigiles anxiogènes, dépeint une France à la dérive. Le chanteur à l'allure romantique opte pour une ironie abrupte. « Patriote » sur un air folk enjoué, parle de « français désolants », « de bon peuple et son président ». Raphaël se permet de tacler l'auteur de « Hexagone », il écrit ainsi « Mon pote Renaud tu nous manques tant putain / Réveille toi car la France / C'est devenu salement déprimant / Depuis qu't'es parti en vacances ». Ambiance. « Je hais les dimanches » n'est pas une reprise du titre d'Aznavour. Ce mid-tempo égratigne encore davantage les compatriotes de Raphaël, les « Romeo et Juliette en survet' le long des quais ».
A l'échelle internationale, le constat n'est guère plus réjouissant. « Odyssée de l'espèce », le dernier titre de l'album, accompagné d'une belle guitare acoustique entrevoit un monde en déliquescence. Il se termine par une sonnerie d'alarme. Siffler la fin de partie ? Raphaël évoque « une espèce en voie d'extinction » à la « Prochaine station » (de train). « Dharma Blues » confronte mendiants du Gange et nantis de tous bords, sur une magnifique mélodie jouée au sitar.
A chaque projet musical, Raphaël explore de nouveaux sentiers, avec cette écriture poétique, sombre, parfois hermétique. « Bar de l'hôtel », le deuxième single accrocheur rappelle la rêverie de « Caravane ». « Terminal 2b » que l'artiste a expérimenté sur sa dernière tournée acoustique détonne par son flux tendu, un texte parlé. Parmi les autres titres phares, l'insolite « Manteau jaune », qui fait songer à du Christophe et l'électrique « Ce doit être l'amour ». Pacific 231 n'est pas de ces albums que l'on apprivoise en une seule écoute. De quoi en faire son disque de chevet.
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