La chronique
Ecouter Sefyu, c'est un peu comme regarder un film pour adultes en crypté. On en devine le contenu sans être sûr d'avoir tout compris. Dans son premier essai, le rappeur posait la question Qui Suis-Je ?, dans le deuxième, Suis-Je Le Gardien de Mon Frère ? Ici, il affirme Oui Je Le Suis.
Rien n'a changé dans ce double album de 27 titres. Sefyu aligne les mêmes thèmes et s'interroge dangereusement sur la concurrence des racismes (« Magouille »). Le premier morceau « L'Insécurité » n'a pas de quoi retourner le rap. On passe sur les ego-trips (« Flow efficace », « Mr Molotov », « Ze boss ») inhérents au genre mais qui ont plutôt une fonction de remplissage. Autre passage obligé suite au succès, répondre aux critiques par l'ironie (« Fuck Sefyu »).
Le rappeur se montre plus audacieux avec « Turbo », un titre rock dont le clip a été tourné au même endroit que « California Love » de Tupac. « Oui je le suis », lecture de lettres d'un détenu et d'un enfant d'immigrés entre deux feux vaut surtout pour son originalité musicale. Le flow plus clair, le rappeur mêle sa voix à d'étranges ch?urs enfantins. Sefyu s'appuie encore sur des ch?urs, ici lyriques dans « 5 minutes ». Quand une histoire se joue sur une question de timing.
« Malik & Boubacar » retrace le parcours tragique de deux jeunes des quartiers. Le funky « Césarienne » est plutôt une ode à l'espoir de s'en sortir. Oui Je Le Suis ne donne pas forcément de réponse sur ce qu'est Sefyu mais aurait gagné en intensité, débarrassé de tout titre poussif.
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