La chronique
Sixième album studio du chanteur allemand d'origine sierra-léonaise, One fait suite à une tournée couronnée de succès (où le jeune vocaliste a amplement démontré sa capacité à séduire et enflammer une audience), et à la naissance du deuxième enfant de l'artiste (c'est un garçon, et la maman est toujours la chanteuse Ayo).
One constitue en fait le projet avoué de reprise en main par Patrice d'une inspiration qui, après des prémisses clairement influencées par le reggae, avait embrassé au gré des sessions soul music, funk, ou rock. Produit par Tom Elmhirst (qui a collaboré avec Amy Winehouse, et survécu), ou Commissioner Gordon (l'homme aux multiples Grammy Awards), et accueillant quelques prestigieux invités (dont le pensionnaire permanent de Studio One le saxophoniste jamaïcain Cedric IM Brooks, et ses compatriotes Sly Dunbar et Robbie Shakespeare en section rythmique la plus implacable du genre, ou quelques représentants des Skatalites), l'album débute d'une manière étrangement séductrice, par un « The Maker » gorgé de soul, où le chant fait merveille dans un registre frôlant le baryton léger.
Treize thèmes plus tard, force est de constater que Patrice réussit pour l'occasion un parcours pratiquement sans faute. « Ain't Got No (I Got Life) », partition empruntée à la comédie musicale Hair (mais dans un arrangement énergique et vindicatif immortalisé par l'immense Nina Simone, dont le chanteur parvient peu ou prou à retrouver le ton nasillard) bénéficie d'un enthousiasme en droite ligne issu des sixties.
Au chapitre reggae, « King Fish », « Situation », « New Day » et beaucoup d'autres démontrent que le chanteur connaît - et aiment - ses classiques. Le ska est représenté par quelques mignardises (dont « 10 Man Down »), à l'instar d'un rocksteady léger et ensoleillé (« Wriggle & Rock ») et de quelques ballades sensibles, dans lesquelles rayonnent les violons féminins de Demon Stings. En fait, le seul échec de la sélection s'avère « Walking Alone » (Patrice au pays de Scott Walker), chanson ampoulée et boursouflure orchestrale, où la mélodie ne retrouve jamais ses petits, et dans laquelle Patrice se situe, submergé qu'il est par une batterie exponentielle, aussi à l'aise qu'une poule face à une brosse à dents.
Un désagrément aisément gérable grâce à un simple sélecteur de plages, et un ensemble qui permettra de retrouver avec grand plaisir un chanteur sensible, dynamique, roboratif sans mièvrerie, et un nouvel album propice à effacer la froidure de la rentrée.
Christian Larrède
Réagissez