La chronique
Certains chiffres - en l'occurrence les centaines de milliers d'albums et les millions de singles vendus par Milow - peuvent laisser perplexe. Une époque particulièrement en capilotade ? Une frilosité circonstancielle ? En tout état de cause, ces douloureuses interrogations ne seront pas levées par le nouvel album de la plus importante vedette belge du moment.
Effectivement, North & South est un album séduisant, bien fait et confortable, mais parfaitement anodin. Produit par le chanteur en personne, et accueillant ici ou là le duo écossais Martin & James, le disque offre le quota décent (onze chansons) de refrains agréablement troussés, et d'orchestrations habilement situées à l'exact mi-chemin de la pop la plus conventionnelle, et d'une folk music parfaitement innocente. Á l'instar de Simon & Garfunkel dépourvus de grâce, d'un Cat Stevens sans grain de folie niché au fond de la gorge, ou d'Everly Brothers privés de trouble sensualité, Milow chante le tout d'une voix désincarnée, susceptible, tout du moins on le suppose, de faire passer toute une gamme d'émotions.
Sauf que, non. D'autant que le chanteur ouvre les hostilités de son quatrième effort par un refrain (« Son ») entaché de quelques tentations electro passablement hors sujet. Si les choses s'arrangent par la suite, grâce à quelques complaintes riches, sinon de délicatesse, tout du moins d'une certaine légèreté, on s'avoue bien vite vaincu par l'invraisemblable collection de clichés que déroulent les paroles (un sommet atteint avec « She Might She Might », portrait d'une supposée conquête adepte du kung-fu et du coup de pied retourné, et l'on n'invente rien). Mais qui prêtent attention aux paroles des chansons de nos jours ?
On imagine que North & South va connaître un fabuleux succès sur le Vieux Continent, et que les chères têtes blondes vont positivement haïr les lignes qui précèdent. Plaidons toutefois les circonstances atténuantes : un disque à l'usage des adolescents et des grands-mères ne peut être que suspect, et, dans quelques années, Milow aura de toutes façons disparu de toutes les mémoires. Ce qui signifie que la vie n'est pas si mal faite, parfois.
Christian Larrède
Copyright 2011 Music Story
Réagissez