La chronique
« Mystic Rhumba » était une chanson qui ouvrait l'album Pour Madame X, elle figure dans Mystic Rumba (qui perd le h du rhum, mais enivre néanmoins), imposant programme en deux volets du fils de Jacques Higelin et Nicole Courtois. En fait, l'homme qui nous occupe ici ne fait rien comme les autres (à la rigueur, son père), et c'est aussi pour cela qu'on l'aime : à l'heure du coup d'?il dans le rétroviseur de ce qu'il faut bien, de manière académique, considérer comme une carrière, et après le rock et la dance de ses précédentes prestations, Arthur H attaque le principe du best of par la face de la rétrospective subjective, approche plus curieuse, humaine, et génératrice de surprises, que stricto sensu rémunératrice. Tordant l'oiseau du paradoxe par le cou, le fils de Jacques a dit, donc : je vais réinterpréter des chansons choisies comme on aime, mais seul et m'accompagnant au piano.
C'est cela, Mystic Rumba, une rencontre avec le chanteur, seul assis sur un tabouret, et devant un clavier, dans un studio qu'on imagine douillet de Saint-Rémy-de-Provence, et tel qu'on avait pu le découvrir dans l'album en public Piano Solo (2002), performance qu'il avait lui-même considérée comme une terrible épreuve : vingt-quatre chansons, comme on feuillette un album de photos abandonné sur une étagère, des refrains qu'on avait pu oublier, et les indispensables inédits (trois, dont « Les Trois Petits Nains », pompe brinquebalante, débutant comme un conte pour enfants pas sages, et s'achevant dans un foutoir surréaliste, où se percutent Dogons et Vache-Qui Rit), qui font aussi la saveur de ces retrouvailles modestes. Naturellement, les rares refrains à avoir franchi les barrières inexpugnables des radios qui font le goût, et l'opinion, tel « Dancing With Madonna », sont absents, et on s'en moque un peu.
Car ce survol, qui s'attache essentiellement aux dix dernières années de création du chanteur (deux chansons extraites de Pour Madame X, six chacun pour Négresse Blanche et Adieu Tristesse, et cinq du petit dernier en date, L'Homme du Monde) magnifie le talent de conteur du bonhomme, et les variations subtiles de ses interprétations. Ici, pas d'écran harmonique entre la voix rauque, caressante ou colérique, c'est selon, nul espace entre le souffle du chanteur, et l'émotion de l'auditeur : essayez de tendre une oreille attentive au rendu d' « Adieu Tristesse » dans pareille configuration sans frissonner, pour voir. Chacun établira naturellement son intime sélection, de « Bo Derek » à « Marylin Kaddish » (Arthur fait son cinéma), en passant par « Cosmonaute Père et Fils » (comme une conclusion aux sessions, que l'on se souhaiterait infinie, et dans une version de plus de sept minutes) et « The Lady of Shangai » (comment ne pas penser aux troubles amoureux évoqués dans L'Amant de Marguerite Duras ?). L'intimité se nourrit de ses minuscules choses indispensables à la chanson : la tendresse d'un chanteur, la magnificence d'un clavier dénudé, et le craquement du bois.
Ils sont peu nombreux par chez nous à pouvoir émouvoir et subjuguer et enthousiasmer avec trois bouts de ficelle : Arthur H, avec ce douzième (double) album vient de prendre la tête de la confrérie. Grand orchestre à lui tout seul, il joue vraiment du piano debout.
Copyright 2011 Music Story
Réagissez