La chronique
Le cinquième album de Coldplay, à l'intitulé aussi périlleux qu'un exercice de diction - et après trois années de silence discographique - élargit encore le champ des possibles d'un groupe ayant débuté dans la catégorie fourre-tout du rock alternatif et indépendant, mais qui désormais peut revendiquer clairement une place enviable dans ce courant mainstream qui séduit toutes les audiences, de 7 à 77 ans. Et même un peu plus. La participation à ce disque, à la fois de Brian Eno, garant d'une intelligentsia curieuse de tout et surtout des marges, et de Rihanna (in « Princess Of China », belle et sombre ballade, agrémenté d'un sample en clin d'?il de Sigur Rós, et dans laquelle, à la surprise générale, tout le monde tire admirablement son épingle du jeu), garante quant à elle d'une opération parfaitement bankable.
Or donc, quatorze chansons au programme, officiellement inspirées par le mouvement de La Rose Blanche, groupement d'étudiants munichois qui, en 1942, tentèrent de s'opposer à Hitler, et presque autant de références, de la dance à la soul, en passant par quelques génuflexions à l'héritage de Cure, et aux scansions roboratives de U2 : manifestement, toutes velléités de découvertes en berne, les garçons de Londres sont ici motivés par un très légitime désir de plaire, et au plus grand nombre. En ce sens, le single lancé en avant-garde du projet (« Every Teardrop Is A Waterfall », ou la révolution des enfants de la rue en dansant) et sa citation d'un « I Go To Rio » initié par le redoutable Peter Allen synthétise parfaitement la démarche. En fait, et comme si le groupe avait ici voulu s'auto-congratuler d'être toujours ensemble après plus de dix ans de vie commune, tout dans Mylo Xyloto paraît plus grand, plus riche, et plus puissant. Á telle enseigne que l'on aura a contrario les yeux de Chimène pour le conclusif « Up With The Birds », au-dessus duquel plane l'ombre tutélaire de Leonard Cohen, et magnifique lamento, car retenu et minimaliste.
Mylo Xyloto reste un véritable tour de force : car il finira par séduire par son charme insidieux et multidirectionnel ; parce qu'il juxtapose jusqu'au vertige une évidente auto-complaisance du groupe et une approche parfois parfaitement humble de musiciens alors transformés en maîtres-artisans ; et car, dans le désert ambiant, Coldplay reste l'un des seuls garants du plaisir à plonger les doigts dans le pot de confiture d'une pop alambiquée, stratifiée et échelonnée, mais également habitée d'un souffle authentique.
Á noter que l'édition japonaise de l'album offre trois titres en bonus, enregistrés lors de l'édition 2011 du festival de Glastonbury.
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