La chronique
Le film d'Eva Ionesco permet à Bertrand Burgalat de revenir au cinéma après quelques partitions remarquées, telles celles de Palais Royal ou Quadrille pour le compte de Valérie Lemercier, ou l'emblématique partition de Les Nuits Fauves de Cyril Collard.
La majorité des trente-trois pièces a été composée et dirigée par notre homme, bien qu'on retrouve également dans l'album, tout droit jailli des poubelles de l'histoire, un « Libérez les femmes » interprété par l'ex-Système Crapoutchik, Claude Puterflam, ainsi qu'un « Psaume 133 » magnifié par le roi de la balalaïka Nicolas Kedroff, au côté du très soul « L'Ange au sourire » de Marc Le Devedec. Mais les partitions qui nous occupent ici restent vivement influencées par l'école française, pour tout dire plus imprégnées de l'aura d'un Debussy que d'un dernier twist à Saint-Tropez ou ailleurs.
Burgalat a fonctionné par larges nappes sonores, sur lesquelles se nichent pizzicati de cordes, et arpèges martelés de piano. On se trouve ici, et naturellement, plutôt dans l'accompagnement pointilliste que dans la musique douée d'autonomie. Ainsi, et même sans images, quelques rares exceptions à cette règle illustrative se font jour : « Préparatifs » retrouve la crispation des violons d'un Bernard Herrmann, « Munich Expo » et « Dr Timsit Laser » revivifient l'implacabilité des boîtes à rythme de Giorgio Moroder, alors que « Burlington Rock » et « Réveil à Londres » déclinent un jerk en easy-listening, et qu' « Oriental Rose » ondoie comme une bayadère turque.
My Little Princess reste une musique de film dans la plus nette acception du terme : la partition trouvera sa grandeur, ou démontrera ses déficiences, confrontée aux images qu'elle est chargée de soutenir. Dans l'attente, on se contentera de saluer climats changeants, et profonde mélancolie de la plupart des thèmes.
Christian Larrède
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