La chronique
Avec Music Of My Mind paraissant début mars 1972, Stevie Wonder montre l’étendue de ses possibilités et l’ambition dont il souhaite désormais faire preuve maintenant que se sont éloignées les années de rendement intensif pour Tamla. Cette liberté artistique acquise, il s’enferme pendant plusieurs mois dans son nouveau studio afin de se familiariser avec une gamme de synthétiseurs flambant neufs (ARP, Moog, clavinet, clavichord), assisté des ingénieurs Robert Margouleff et Malcolm Cecil, apprentis-sorciers de Robert Moog dont les albums Zero Time et It’s About Time font date. En multi-instrumentiste surdoué, Wonder compose au piano et crée les bases rythmiques à la batterie, ajoutant une pincée d’harmonica ici ou là. Il joue, arrange et produit, son don de la mélodie instantanée faisant le reste.
Les neuf compositions du disque échappent totalement au formatage radio auquel Stevie était confronté dans ses années de jeunesse, la plupart des titres oscillant entre cinq et huit minutes. On peut trouver là les raisons de l’insuccès de « Superwoman (Where Were You When I Needed You) » (qui deviendra un classique de son répertoire) et du funky « Keep On Running », singles sans public. L’album obtient un meilleur score (n°21), reflétant son homogénéité. En ouverture, « Love Having You Around », titre linéaire paré de multiples fantaisies sonores et d’un solo du tromboniste Art Baron, montre le nouveau style de Wonder qui fera florès et donnera certains des meilleurs albums de la décennie. La ballade à l’orgue « I Love Everything About You » et son intro n’est pas sans rappeler « Lovin’ You » qu’il offrira à Minnie Riperton pour son premier album ; le chaloupé « Sweet Little Girl » fait appel à son talent caché de crooner salace (« Don’t make me get mad and act like a nigger ») et « Happier Than The Morning Sun » transpire la félicité. Des trois titres co-écrits avec sa femme Syreeta Wright, dont il écrit et produit les albums Syreeta la même année puis Stevie Wonder Presents Syreeta (1974) et enfin One To One (1977), « Girl Blue » est le plus original avec son traitement de voix filtrée.
Album d’un seul homme, Music Of My Mind trace la voie royale et dépoussière la soul, l’embarquant vers des territoires inexplorés.
Loïc Picaud
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