La chronique
Ainsi, la musique ne serait pas uniquement cette boursouflure insane proposée, jusqu'à la congestion, par les plateaux télévisés, mais, riche d'une dimension politique - au sens étymologique du terme - pourrait nous dire le monde, l'éclairer jusque dans ses moindres recoins, et en identifier les périls ? Oui.
C'est donc le répertoire du compositeur de musique populaire le plus important de la seconde moitié du XXème siècle qui a été retenu pour honorer les cinq décennies de lutte de l'organisation Amnesty International contre toutes les injustices et toutes les dictatures, et au bénéfice des plus élémentaires des droits humains : 75 chansons, comme l'invraisemblable florilège de Robert-la-plume-acérée, et un projet qui succède à une entreprise comparable, consacrée il y a quelques années aux mélodies de John Lennon. Précisons que les 80 artistes mobilisés pour ces Chimes Of Freedom (les cloches de la liberté) l'ont été de façon bénévole, à l'image du producteur Bob Clearmountain, et des artistes graphistes ou responsables du mastering, et que, comme l'impose la formule consacrée, tous les bénéfices de cette démarche seront reversés à l'association.
Le casting recouvre le large éventail d'artistes bankables (Maroon 5, Queens Of The Stone Age, Kesha) ou à la renommée plus modeste (The Belle Brigade), et approximativement tous les genres musicaux identifiés sur la planète, de la pop juvénile de Miley Cyrus à la soul (Raphael Saadiq et sa merveilleuse version de « Leopard-Skin Pill-Box Hat »), du jazz (Diana Krall) à la country (Kris Kristofferson, Johnny Cash). Et sans oublier les icônes folk que sont Pete Seeger ou Joan Baez, ni le maître en personne, ici présent avec la session originale de la chanson-titre, enregistrée en 1964.
Il reste naturellement impossible de radioscoper cette anthologie-hommage en quatre disques, car il est à parier que tous trouveront pour l'occasion quelques frissons musicaux bienvenus. Précisons toutefois que la sélection réserve quelques belles surprises : Sting, d'une inhabituelle sensibilité et émotion dans « Girl From The North Country » ; Lenny Kravitz, manifestement pétrifié jusqu'au mimétisme face à « Rainy Day Women # 12 & 35 » ; Charlie Winston animé d'un vrai souffle épique pour « This Wheel's On Fire ». Et quelques bonnes dizaines d'autres. Car le meilleur usage de ce coffret reste de l'écouter sans informations sur l'artiste qui s'offre à vous : alors, les préjugés tombent, et les archétypes avec (Adele). Seul petit regret : qu'une organisation à visée internationale ait limité son panel à des artistes anglo-saxons : on chante très bien également Dylan en espagnol...ou en français. Pour le reste, la bonne action se double d'un tout à fait digne album, ce qui est suffisamment rare pour être souligné.
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