La chronique
C'est le « Retour du forain », l'ami des Gitans, le chantre des caravanes. L'homme au gosier papier de verre, à la logorrhée verbale impossible à endiguer. Le rappeur au taux d'octane le plus élevé en punchline, au point qu'en citer ne serait-ce qu'une seule reviendrait à tromper sur la marchandise, car toutes ses phrases sont des punchlines.
Une grosse heure bien tassée d'invectives et de flow façon tsunami sur Fukushima, voilà ce qu'on achète avec Michto, un nouvel album de celui dont la réputation devrait s'étendre bien au delà du périphérique du rap français autarcique, tant il est au dessus du lot. Il fait par exemple match nul avec la superstar Booba sur un « Gipsy King Kong » qui ne fait pas de prisonniers. Au rayon phrasé malsain, il invite un pair, Despo Rutti, sur « Adria Music », où là comme un peu partout ailleurs sur cet album moite, Seth Gueko parle de sexe avec une douceur et une distance digne des grandes heures de la Princesse de Clèves ! La Fouine rejoint le concasseur sur « Toucher le ciel », mais l'essentiel du temps, il n'a besoin de personne en Massey Ferguson.
C'est encore une fois un torrent de mots et de métaphores salaces, une violence graphique de vidéo game, qui met dans le vent toutes les tentatives des autres mauvais garçons de studio, et autres enfileurs de clichés. Homme de culture suburbaine certifiée, Gueko rend hommage à ses aînés chantres de la plèbe, La Souris Déglinguée et Bérurier Noir, en créant avec « Shalom salam salut » un digne successeur aux légendaires « Salut les copains» et « Salut à toi ». Un récent stage à la Santé (pour des faits inqualifiables au demeurant) lui a donné la rage et rechargé son barillet en balles traçantes.
On est décidément loin du hip hop conscient des années 1980, mais le rap en 2011 est là et nulle part ailleurs, sauvage, barbelé, incandescent, maléfique, grandiose.
Jean-Eric Perrin
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