La chronique
A l'inverse de Jimi Hendrix et Tupac Shakur, qui passaient leur vie en studio à enregistrer compulsivement, et qui par conséquent ont aujourd'hui une discographie posthume infiniment plus conséquente que celle sortie de leur vivant, Michael Jackson préférait s'abstraire du monde et du travail, et quand il se décidait à franchir les portes d'un studio, son légendaire perfectionnisme le faisait écarter tout ce qui ne correspondait pas à ses attentes.
Ceci posé, et su, voilà qu'une grosse année après sa mort, arrive le premier disque de ces chutes, déclarées « terminées sous la haute autorité des notes laissées par l'artiste » ! Ce dont on ne croit rien. Ce Michael arrive précédé d'une réputation très entachée, entre les rumeurs apparemment fondées (ce n'est pas lui qui chante sur « Breaking News »), et les déclarations revendiquées (will i am : « C'est une insulte à son perfectionnisme. Les chansons de Michael sont finies quand il le dit. Sortir ces titres sans lui est indigne »). Voilà donc un album calibré (dix titres seulement, quand la norme actuelle en réclame au moins une fois et demi cette dose, mais il faut garder des munitions pour les dix autres annoncés du même acabit !) pour faire passer à la caisse les légions planétaires de fans écervelés et conforter la fortune de l'Estate MJ.
Artistiquement parlant, de cet album produit par deux avocats (l'un d'entre eux ose même cosigner une chute de l'ère Thriller, « Much Too Soon », de quoi assurer ses fins de mois) et constitué de bribes disparates, enregistrées sur des périodes variables, tel des rogatons d'Invincible, comme « Hollywood Tonight » et le « (I Can Make It) Another Day » cosigné avec Lenny Kravitz est à l'aune du projet. Il se partage entre ballades sans relief et titres uptempos défigurés par ce beat obsédant de la clap machine qui sonne tellement 80, et dont il ne semblait pas réussir à se débarrasser. Sans parler de ces effets de bruitages tout aussi rances, hérités de la touche Teddy Riley. On sait que dans sa tour d'ivoire, MJ a loupé brillement tout ce qui lui a succédé, en gros le hip hop. Et ses maigres collaborations de saison (ici, on croise 50 Cent venu, sur la foi de son compte en banque, poser une mesure sur « Monster ») ont été nulle et non avenues, car il était si loin de leur univers. Le son de cet album est donc sans surprise aucune, et foncièrement daté.
Aucun hit en puissance, de la chanson au kilomètre : le tout est resté sur l'étagère pour de bonnes raisons. On ne réclamait pas un featuring de David Guetta non plus, pour faire 2010, mais de là à se réjouir de ce bonus ennuyeux (« Much Too Soon » slow pénible à la production ringarde au possible), il y a un pas. Que nous ne franchirons pas.
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