La chronique
Revenue de prestations éminemment rémunératrices à la télé-réalité américaine, Cyndi Lauper décide de porter chance à un nouvel élan de sa carrière, en articulant son treizième album autour de grands standards de la soul-music, et a pour ce transporté ses pénates à Memphis, plus précisément au c?ur du mythique Electraphonic Studio.
Autant dire que les ingrédients de l'entreprise échappent à toutes critiques : inviter aux sessions rien moins que BB King, le néo-orléanais Allen Toussaint, la déesse Ann Peebles, le démon de l'harmonica Charles Musselwhite, ou le guitariste Jonny Lang, prémunit a priori des fautes de goûts, et autres approximations. De même, s'entourer de quelques musiciens chenus, vétérans du label Stax ou de la Hi Rhythm Section, permet de s'appuyer sur les plus pertinentes sections rythmiques en la matière. Enfin, porter son dévolu sur des incunables tels « Rollin' and Tumblin' » (immortalisé par Muddy Waters) ou « Mother Earth » (l'Animal Eric Burdon en a jadis offert une bouleversante version), c'est un peu s'avancer sur un autoroute musicale : rares y sont les incidents de parcours.
Naturellement, le revers de la médaille pointe in petto son profil crochu, et cela reste de fait les comparaisons, pas inévitablement avantageuses, entre ces relectures, et les interprétations originales. La Lauper (comme on peut le dire d'une diva) balaie les réserves d'un coup de gorge bien senti. Elle qui n'a jamais tenté de passer pour une grande chanteuse est une nature, pour le moins, et c'est cette fracassante personnalité (certes par trop souvent en manque de nuances) qui emporte l'adhésion. En ce sens, Memphis Blues offre une collection de bons moments sans arrière-pensée, de cris du c?ur, et de tableaux plus vrais que nature, de femmes déchirées, et de grands sentiments.
Simple, enraciné, et tonique, cet album ne décline pas simplement une nouvelle facette d'une artiste vraiment unique (après des prestations accompagnées d'un grand orchestre, un album de reprises, ou des tentatives en français dans le texte) : avec Memphis Blues, Cyndi Lauper nous explique simplement d'où elle vient, à l'instar de l'énorme majorité des artistes outre-Atlantique. Et elle le fait avec le talent d'une vraie professionnelle.
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