La chronique
Retour en verve du rap musette de Java : le duo fondateur R-Wan et Fixi, forme aujourd’hui plus que jamais, un vrai quatuor avec le bassiste Pepouseman (alias Jérôme Boivin) et le batteur Alexis Bossard.
La java de ces gaillards peut être exécutée dans les règles de l’art (« J’ava »), mais elle est plus souvent breakée et, donc, ragaillardie. Empêcheur de tourner en rond, le groupe revendique son côté tête à claques, « bourre-pif » et franc du collier, comme le prouve la pochette coup de poing de l’album. Merci Bernard Blier et Audiard, Java frappe en jouant de l’image du français et du parisien prétentieux, qu’ils assument pour mieux en rire (« J’me marre » ).
Le son de ce troisième album est un retour aux basiques. Les amateurs de Hawaï en auront pour leur « pépètes ». Car pour Java, raviver les couleurs de la musique populaire française, accordéon et textes ciselés, est un jeu et une règle invariable (« Folklore »).
La règle du jeu ici : s’amuser de la France et du Français, sa langue et son image, (ils on collaboré sur cet album avec Claude Sicre des Fabulous Trobadors, défenseur du folklore occitan) en dénonçant aussi les fléaux qui les rongent, à l’intérieur. La peur de ce qui est différent, exprimée à mots couverts, avec cette tendance à croire les on-dit (« On »). Mais la diversité, c’est ce qui rend le français si unique ! Les « Mots dits français » sont partout différents. Il suffit d’un truculent séjour au Québec, comme le vérifie R-Wan dans la chanson éponyme, pour s’en rendre compte.
Insolent et dansant, Java n’est pas que cela. Comme il l’a prouvé en solo dans ses Radio Cortex (1 et 2), le maestro R-wan se laisse parfois submerger par l’émotion. Etre Français, né en banlieue Parisienne, est parfois un triste sort (« Mona »). Arrachant au quotidien ses mots douloureux, ceux qu’on tente de noyer dans l’alcool, toujours en v(a)in, une écoute attentive de « L’amer à boire » montre que l’envers du décor des amuseurs le jour peut être très sombre, la nuit « Je vais voguer sur mon flow, seul dans l’arène de la nuit, quitte à être demain la Ruine de l’année ». Réjouissons-nous pourtant : ce groupe pas avare pour un « saoul » en contrepèteries, est aussi généreux en tournée !
Anne Yven
Réagissez