La chronique
Si la référence revient souvent, ce n’est pourtant pas faire justice à Luke que de le comparer à Noir Désir. Bien sûr, il s’agit là de rock, avec des paroles en français et – parfois – « engagées » ; pour autant, il y a chez Luke et Thomas Boulard un sens de la composition et un talent d’auteur évidents, qui méritent considération. Le premier album, La vie presque, plus calme et comme pénétré de langueur, s’inscrivait, au côté de Miossec ou Dominique A, à mi-chemin entre rock et chanson française « lettrée ». Si on retrouve également dans La tête en arrière des textes finement écrits, la musique prend en revanche une tournure plus « rock ». Une touchante ferveur enflamme les trois premières compositions, qui font la part belle à la guitare électrique et à la voix cassée, légèrement maniérée, de Thomas Boulard. Des morceaux concis, prenants et qui rappellent parfois la simplicité très directe de Placebo (singulièrement l’excellent single « La sentinelle »). Dans son ensemble, l’album alterne ballades douces-amères (« Le reste du monde », « Seveso ») et fièvre électrique (« Hasta Siempre », « Tout va bien ») avec panache. Cela paraît par instants s’essouffler, mais le groupe maintient le cap jusqu’au bout, La tête en arrière, la tête haute et le regard fier, concluant avec une belle ballade acoustique, « Zoé ». Il n’y a, bien sûr, pas de quoi crier au génie, mais ce deuxième album de Luke augure du meilleur. Thomas Boulard y apparaît comme un bon parolier, osant les paroles imagées et le commentaire social et politique (« La sentinelle », « Petite France ») – et s’en tirant en la matière avec classe, loin des geignements de Saez, par exemple. Luke, en mûrissant encore, pourrait devenir un groupe vraiment passionnant. Et si parallélisme avec Noir Désir il doit y avoir, pourvu que ce soit dans la trajectoire et l’audace artistiques. Mikaël Faujour
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