La chronique
Les temps, particulièrement nécrophiles en cette saison, vont s'empresser d'offrir à LP1 (naturellement, aucun rapport avec le premier enregistrement de nos hexagonales Plastiscines), cinquième album de Joss Stone, une résonance particulière, à quelques encablures de la tragique disparition d'Amy Winehouse. Attendons-nous même à dénicher ici ou là quelques assertions selon lesquelles, plus formatée, Jocelyn Eve Stoker n'atteindra jamais les sommets de créativité de celle qui aura offert aux fans de soul music l'un des albums majeurs de la décennie. Peut-être, mais Joss Stone est vivante, elle.
Et en pleine forme, si l'on en croit la création toute récente de son propre label, et cette collection de dix chansons, première référence donc de Stoned Records, enregistrées à Nashville (Tennessee), en six jours, et sous la responsabilité de l'ex-Eurythmics Dave Stewart, qui a également prêté la main à la composition des chansons. Certes, les amateurs intégristes de la dame risquent de déplorer quelques tentations un peu faciles (le très pop et un peu vain « Newborn », en ouverture de programme), voire une prédominance de la slide guitar (seul soutien au chant dans « Take Good Care »), qui teinte le climat de l'album d'une coloration country-rock inusitée, mais qui permet surtout à la patronne de préciser en quelques feulements qui est désormais la digne héritière de Janis Joplin.
Plusieurs refrains raviveront toutefois les frissons de l'ancien temps (bon, tout cela n'a commencé qu'il y a huit ans, après tout) : « Don't Start Lying To Me Now » et son sautillement de piano permet à Stone quelques belles envolées. Quant à « Karma », batterie imperturbable, et clavinet tout droit emprunté au « Superstition » de Stevie Wonder, on peut raisonnablement imaginer qu'il fera se dresser les foules d'enthousiasme, durant la tournée qui ne manquera pas de capitaliser cette session...
...Á moins que la jeune femme ne soit réquisitionnée par le projet éléphantesque de super-groupe qui fait bruisser de rumeurs les plus folles tous les confins du monde libre : SuperHeavy, invraisemblable combo, incluant, entre autres, Joss Stone, Mick Jagger et Dave Stewart, répète, et devrait faire entendre ses premières notes dès l'automne prochain. A posteriori, LP1 aura alors toutes les apparences d'un hors d'?uvre. Mais, par sa fraîcheur, sa spontanéité, et son approche débridée, ne comptera pas pour des cacahuètes.
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