La chronique
Si l’on en croit les performances précédentes (disque certifié de Platine, et toutes ces sortes de choses), Superbus n’a pas nécessité des lignes qui suivent pour conforter le conte de fées d’une offre pop à l’usage du plus grand nombre (y compris la grand-mère d’Arras, chef lieu du Pas-de-Calais). La question reste donc plutôt posée : avons-nous, en ce qui nous concerne, besoin de Superbus ? La réponse, même si elle appelle quelques réserves, s’affirme haut et fort comme affirmative.
Il convient néanmoins de préciser que Superbus – et ce n’est pas faire injure aux quatre musiciens en fond de scène – attire car Jennifer Ayache (fille de…) écrit, compose, et chante (elle joue du tambourin, aussi) dans le groupe, et que ces vingt-cinq ans de coiffure en corbeau éperdu (Joan Jett’s fame) ne peuvent qu’attirer le regard et l’oreille. La jeune femme étant intelligente (en plus d’être jolie, les choses sont parfois mal partagées), elle a cette capacité rare à trousser des histoires de désirs troubles (« Rien n’est plus tendre qu’un petit bout de chair »), voire quasiment britannico-lubriques (« Je manie ma langue bien à la française », in « London Town »). Elle a ainsi conservé de sa proche adolescence les rémanences de l’attraction (« Apprends-moi les choses de la vie/Les mots qu’on se dit »), répulsion et frustration (la triste histoire du garçon qui fait banquette dans « Keyhole ») d’une vie où on rajoute du fluo (cf. illustration du livret) car on la trouve grisâtre.
Musicalement (coucou, revoilou Greg Jacks à la batterie, le bassiste François Even, Patrice Focone et Michel Giovannetti aux guitares), Superbus reste ce rare équilibre entre plusieurs générations de pop adolescente (de Suzi Quatro – un peu – à Blondie – énormément – en passant par No Doubt, le one-shot de Berlin, et le power-punk d’outre Atlantique) et une assez passable alternative à la psyché de Mylène Farmer : malgré le temps (et les albums) qui passe, toujours acidulé, inventif, roboratif et enlevé. Ce n’est pas là son moindre exploit.
Christian Larrède
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