La chronique
À l’inverse du monde du rock, où il est un passage obligé, le principe du live est resté rarissime dans le rap. En matière de rap français, on compte les albums de ce type sur les doigts d’une main, même si, depuis que l’exploitation s’en fait parallèlement en support DVD, on est plus souvent confronté à ce qui devient un must. NTM avait déjà sacrifié à l’exercice en 1998, avec NTM Live au Zénith du « Monde de demain » à « Pose ton gun », ils remettent le couvert dix ans plus tard avec ce témoignage en forme de best of complet (25 titres, tout de même), avec en support chaleureux la vague sonore du public de Bercy, qui souligne les interventions, reprend les refrains, et participe avec une énergie non feinte.
L’enthousiasme né de la reformation inattendue des pionniers et maîtres du rap hexagonal avait surpris, et enchanté les nostalgiques, les principaux intéressés, qui ne se parlaient plus depuis dix ans ou presque, et surtout une génération qui n’avait pas eu la chance de voir « en vrai » le plus grand groupe de scène du genre. Alors on retrouve cette alchimie unique, entre le flow sûr et expressif de Kool Shen, et les borborygmes, les moraines dans le phrasé légendaire de Joeystarr, plus abrasif que jamais. Jusqu’à en être parfois difficilement audible, ou plutôt compréhensible. Du coup son apport devient plus rythmique que lyrique, tandis que son jeu de scène, par opposition, occupe l’espace. C’est donc Kool Shen qui maîtrise le projet, tandis que DJ James scratche à tout va, à l’ancienne...
Le duo de St Denis invite quelques comparses (Jeff Le Nerf, Big Ali) à partager la liturgie, et enchaîne les repères historiques (« Passe le oinj », « Le Monde de demain », « Laisse pas traîner ton fils »…), délivrant un florilège d’hymnes en versions brutales et roboratives. De quoi laisser espérer qu’après quelques péripéties de rigueur, le duo puisse à nouveau remettre le couvert et incendier quelques audiences ravies.
Jean-Eric Perrin
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