La chronique
Jean-Christophe Le Saoût est allé chercher le succès avec l'acharnement des gens obstinés, mais aussi talentueux, et l'on ne peut que se réjouir des triomphes récemment enregistrés de l'autre côté de l'Atlantique, ou en Amérique du Sud, et autres places fortes du sud-est asiatique (sans omettre le feu mis au Printemps de Bourges et aux Francofolies de La Rochelle).
Live 2010 Á L'Olympia célèbre donc, avec ce caractère festif et intime propre aux rassemblements devant plusieurs milliers de spectateurs, le retour au bercail du fils prodigue et glorieusement vainqueur, désormais patron incontesté du trip hop du vieux continent, et géniteur, en marque de fabrique, d'improbables épousailles entre electro et violoncelle (le profond et mélancolique « Hypnosis Theme »). Mais pas uniquement.
Plus de deux heures de musique, branchée sur l'excitation de la prestation publique, permettent en effet de retrouver quelques-uns des partenaires immémoriaux de Tailor (dont l'omniprésente, douce et sensuelle Charlotte Savary, le camarade d'écurie Charlie Winston, ainsi que la Britannique Dionne Charles, à la soul ni trop ni trop peu, renvoyant par sa sagacité plus d'une congénère réviser ses fondamentaux). Car le roi des samples fureteurs, dresseur de ponts entre les univers en trou noir de la soul (sophistication) et rap (tchatche innervée), virtuosité conceptuelle du jazz, et climatologie débridée du hip hop, s'attache désormais à orienter en démiurge une caravane de l'étrange, où se percutent foisonnement perpétuel (des sons comme s'il en pleuvait, et d'origines protéiformes en cascades itou), et concision des rythmes. Une fête, en effet, de celles qui font danser, et rendent plus sensibles, et plus à l'écoute. Osons-la : plus intelligent.
Á noter que ce bel objet (et double album) s'accompagne d'un copieux DVD des prestations scéniques, complété par un film documentant la tournée initiale.
Christian Larrède
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