La chronique
Après trois albums certifiés disque d'or (une gageure, dans les années 2000) avec Psy 4 De La Rime, et quelques travaux underground en forme de street albums, compilations et projets parallèles (Lygne 26), Segnor Alonzo inaugure les années 2010 avec un premier album au titre un peu grillé, Les Temps Modernes.
Difficile de se faire un prénom quand on a évolué longtemps dans l'ombre d'une personnalité aussi étincelante que son acolyte (et quasi-leader) Soprano ! Mais à 27 ans, et avec le soutien de son crew (Sya Styles, le DJ de la Psychatra, est présent sur 70 % de l'album), Alonzo perpétue la tradition de la verve phocéenne. Flow élastique, métaphores fleuries, puisque c'est génétique chez les habitants de Marseille, vocabulaire émaillé d'expression locales qui apportent de la fraîcheur dans un univers trop balisé par le « parler racaille » de ses pairs d'Ile de France, ce MC à l'ancienne a des arguments à faire valoir. « Je suis le quartier », rappe-t-il dans un des morceaux-phares des Temps Modernes.
Rappeur de proximité, témoin inaltérable des vicissitudes des univers périphériques et déclassés, procureur social et dispenseur d'une morale digne et modeste, Alonzo, comme on ne le dit plus trop aujourd'hui, « représente ». Il le fait dans la tradition avec ses camarades de label (TSE) qu'il tente de mettre en lumière, même si, toujours selon la tradition, ils ne sortiront jamais de son ombre. « Chacun son vice » comporte le featuring R&B féminin de rigueur (politiquement correct et prévisible à en bailler), et « Mon père c'est ma mère », autre incontournable, conjugue la version personnelle de l'auteur de la figure imposée : « chanson pour ma maman à qui je dois tout et tellement plus encore puisque mon papa n'était pas là ».
Ne comptez pas sur Alonzo pour en rajouter dans l'option « gangster », on ne grandit pas dans l'aura d'IAM pour devenir le chantre de l'illégal. On appelait ça « le rap conscient », c'est l'épine dorsale du hip hop en tant que culture et éthique : constater, raconter, analyser, appeler à la fraternité et à la justice... Alonzo pratique l'idiome depuis assez d'année, et a accumulé assez d'expérience pour reprendre le flambeau et tenter de gagner encore quelques arpents de dignité pour ceux des quartiers.
Comme souvent, on ne peut que regretter à l'occasion l'autarcie endémique à ce type d'expression, mais sur ce territoire, Alonzo devrait briller quelques semaines, voire plus si l'état du marché lui permet de consolider sur scène cet intermède dans la vie du deuxième MC de Psy 4.
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