La chronique
(Chronique de Les Créatures + L'Homme à trois mains sortis simultanément).
C’est le choc. Personne ne comprend, ni n’avait vu venir ce drôle d’oiseau. Pour ainsi dire, chacun s’en moquait et le sous-estimait jusqu’à la sortie de cet indivisible double album. Une tête de premier de la classe capable de démolir les portes de chambre d’hôtel, l’anecdote est assez peu commune en France. Alors quand en plus, l’animal se met à chanter et sait aussi mettre un coup de pied dans la nouvelle scène, il y a de quoi s’intéresser.
Si les deux œuvres sont différentes, les rapprocher permet de comprendre la complexité de Katerine. Sur L’Homme à Trois Mains, la simple guitare offre des tournures minimalistes et intimes. Tandis que Les Créatures multiplie les cuivres, les cordes et les samples de film comme Pierrot le Fou. Le piano est percutant et la voix s’improvise flemmarde avec une mélodie minimaliste et nonchalante. Les morceaux s’enchaînent facilement, même si aucun lien n’est réalisé entre eux. L’ironie est grinçante et peut agacer, voire rebuter, dès les premières écoutes. Ici, pas de gants ni de préambules. On taillade directement. On tronçonne avec des bruits extravagants. On se défoule visiblement au son d’un vacarme introspectif sentant l’alcool.
Dans les morceaux choisis, « L’idiot » de L’homme à Trois Mains est une terrible ode à la haine, servit par un cynisme moqueur. Les accords désordonnés de la guitare sont autant d’uppercuts à nos oreilles. L’attaque est sèche, crue et s’oppose aux rythmes chaleureux du premier disque Les Créatures. De l’autre côté, « Poulet N° 728120 » raconte de manière désabusée le parcours d'une volaille achetée par l'auteur et dont il est tombé amoureux. Dans « Combien d’Hommes ? », le vendéen joue autant la provocation en parlant masturbation qu’il renseigne sur un état de solitude confirmé par « L’Appartement ». Puis, Katerine s’offre en spectacle avec « J’ai 30 ans » dans un grand charivari voyeuriste et agacé, non loin de l’univers d’une Brigitte Fontaine. Enfin, le néo-yéyé « Je vous emmerde » parodie les hautes sphères intellectuelles auxquelles n’appartient pas Katerine. Avec ce tube insouciant et sa carrure de dandy maladroit, le chanteur réussi pourtant son pari.
Katerine fait preuve d’une audace inédite avec ces deux albums en guise de recueil de pensées intimes. Et si L’Homme à Trois Mains est beaucoup moins accessible, il rode un esprit de liberté et de sensibilité qu’on ne peut lui contester. Les pochettes, présentant l’artiste nu, défiant l’auditeur et fumant une cigarette, en sont déjà tout un symbole. En somme, un zouave primaire. Un dandy solitaire. Un poète qui nous emmerde.
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