La chronique
Parfois, les gens talentueux sont énervants. Ainsi des Cowboys Fringants (le nom le plus baroque à l'ouest du Pecos) : non seulement ces Québécois vendent des disques par containers entiers - on les a comptés un par un : il y en a 800 000 copies (et soyons honnête : on a vécu plus douloureuse invasion), mais ils utilisent les sous gagnés avec, pour financer des causes écologistes. Le tout, avec humour, même si acide. Donc, on est loin aujourd'hui des débuts approximatifs (lorsque l'enthousiasme palliait quelques déficiences techniques), et on célèbre désormais quelque chose comme le douzième album des gars de Québec (sans oublier la fille du lot, une Marie-Annick Lépine, qui, en 1996, était bien la seule à avoir approché d'assez près un instrument, en l'occurrence les quatre cordes d'un violon).
Et alors, elle se déroule de quelle manière, cette célébration en direct depuis la capitale de la francophonie ? De manière relativement séminale, finalement : après les vivats introductifs de rigueur, le groupe esquisse les premières mesures de l'un de leurs tubes (« Droit devant »), et puis se tait. Extinction de voix ? Gorges brutalement aphones ? Non, c'est tout simplement (et suffisamment rare pour être souligné) que le public (pourtant bénévole) assure l'ensemble des ch?urs (paroles, ponts, refrains, et tutti quanti, par c?ur comme il se doit). Avec un brin d'ironie, Karl Tremblay (chanteur et préposé au kazoo) implore faussement dans « La Catherine » : est-ce qu'il y a des gens qui veulent chanter avec nous ? Garçon sympathique au demeurant, mais qui ne s'est pas aperçu que cela fait trente minutes que cela dure, et que l'audience, extatique à ce que le combo définit lui-même comme un rock alternatif québécois, précède presque les portées des partitions.
On se dit alors qu'il y a un terme pour définir ces ritournelles où l'on évoque les problèmes d'environnement, la détresse des gens de peu, et l'engagement social, le tout sur des rythmes de country-punk à l'usage des jeunes générations. Et cela s'appelle l'universalité. Tout au long de ces treize chansons, Les Cowboys Fringants tendent la main à leur public, dans un élan d'humanisme de pure énergie, et de sens authentique, et on éprouve le vif sentiment d'assister à une prestation diamétralement opposée à certains programmes télévisés, où l'on nous laisse accroire que la chanson s'apprend en concours. Comment ne pas écouter « La Tête haute » et ne pas éprouver le désir raisonné de la garder, haute, et fièrement encore ? Et comment ne pas espérer ne pas devenir de bons citoyens, ou fondre dans l'antienne de « Plus rien » (Marie-Annick, arrête de nous déchirer le c?ur avec ton accordéon) ?...
Voilà, c'était les Cowboys Fringants, un soir triste (l'hiver poisseux) et joyeux (la fête positive) de novembre 2009, en France. Et on dira : la France de Jean Ferrat, plutôt que de...Alors, il convient de se montrer mesuré : Tabernacle ! Vive le Québec libre ! Á la toute fin, notre Karl s'exclame : Merci ! c'était les Cowboys Fringants ! De rien, mon gars...C'est nous...
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