La chronique
Avec la même méticulosité qu'il a apporté à l'ensemble de sa carrière (un mot qui faisait horreur à ce créateur), Allain Leprest a donc décidé de prendre le pas sur le cancer qui le rongeait, et de tirer sa révérence, dans cette Ardèche où résonnait encore le vibrato de Jean Ferrat. Cet album est en conséquence, en signe d'outre-tombe, alimenté des ultimes sessions du chanteur. Mais il a été précédé par un bel hommage du métier (les deux volumes de Chez Leprest, rassemblant aussi bien Olivia Ruiz que Jacques Higelin, Salvatore Adamo que La Rue Kétanou).
On rappelle l'élan d'alors, car c'en est un similaire qui permet la commercialisation de Leprest Symphonique, dont les pistes de chant ont été enregistrées il y a un semestre, mais qui ne voit le jour que grâce à la bienveillante obstination de Christophe, Enzo Enzo, Kent ou Sanseverino. Le premier a en effet prêté son élégante gracilité à « Où vont les chevaux quand ils dorment », belle rêverie en suspension. La deuxième s'invite au mitan de la douleur au quotidien d' « Arrose les fleurs ». Le troisième vient se nicher dans les pizzicati de « C'est peut-être ». Et Sanseverino, tout en rage non contenue, aborde la complainte « SDF » sur le même tempo martial qu'une marche des révoltés. Moitié amis invités, moitié le patron, le disque s'achève en toute logique par un duo avec le compagnon de toujours, le frère, un Romain Didier qui vient tourner sur les trois temps d' « Une valse pour rien ».
Poète déchiré, mais puissant et digne, Allain Leprest n'a jamais obtenu la reconnaissance publique (et médiatique) que son art pouvait lui laisser espérer. Aujourd'hui, et après l'avoir chanté, il a sans nul doute retrouvé le cosmonaute Youri Gagarine. Au-dessus de nos têtes, et très au-dessus de l'époque.
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