La chronique
Cela fait bien longtemps que l’on n’a pas siffloté un refrain de Murat pour rendre moins grisâtre le quotidien. Ce qui ne rend pas ses dernières productions en date (Jean-Louis Murat met en musique un obscur chansonnier d’il y a deux siècles, croise le fer avec Isabelle Huppert, ou pose ses notes sur les mots de Charles Baudelaire) plus dispensables : on avait, tout simplement, moins l’occasion d’y pénétrer, à cent coudées de ce qu’est la chanson, populaire de surcroît.
Le Cours Ordinaire des Choses ne sanctionne pas un invraisemblable retour vers le futur, en boomerang de premiers délices : le chanteur a vieilli, et nous avec. Simplement, ce que l’on peut considérer comme le vingtième album de l’Auvergnat, offre un vrai disque de chansons, en suspension comme le veut la grâce naturelle du bonhomme, et en signifiant comme l’implique son exigence rédhibitoire. Le scénario de l’aventure musicale est connu de toutes les colonnes : Murat et son fidèle ingénieur du son Christophe Dupouy trace sur un coup de dés la plus courte ligne entre le col de la Croix-Morand et Nashville (Tennessee) : Bergheaud y débarque avec une douzaine de chansons, un métronome, et une guitare, et Murat enthousiasme tous ces musiciens qui, un jour, se sont retrouvés dans l’ombre de John Fogerty, Linda Ronstadt, ou Dusty Springfield (et Roy Orbison, et James Taylor…).
Le Français des montagnes, d’ordinaire tellement suspicieux face à des virtuoses enclins à l’esbroufe, laisse crisser leurs guitares (« Comme un incendie ») dans une ouverture qui, c’est certain, mettra le feu aux scènes à suivre, ou s’envoler les violons (dans un « Cowboy à l’âme fresh »), en une fantaisie enfantine où l’on mime la bataille de Little Big Horn avec des pistolets en bois. Ici, l’écriture de Murat (et les interprétations qui vont avec) a de la glaise aux bottes (« Ginette Ramade »), glisse sur les coussins en satin de Graceland (« Falling In Love Again »), ou recouvre son élégance originelle (« La Mésange bleue »). Plus loin, la musique s’énerve et s’innerve (« M maudit »), ou muse en apesanteur (« Lady of Orcival »). Et lorsque les mots durcissent (« La Tige d’or », à écouter l’oreille fichée contre le trou de la serrure), c’est dans la moiteur de l’alcôve. Dans Le Cours Ordinaire des Choses, l’homme à tête d’arbre (cf. illustration du livret) rappelle en quelques murmures modulés qu’il règne à tout jamais, aux côtés de Gérard Manset, Christophe et quelques rares autres, au mitan du désert de la chanson francophone.
En bon point et images de tableau d’honneur, signalons que l’actrice, réalisatrice, scénariste, et comédienne Laetitia Masson, munie d’une caméra, a accompagné le chanteur dans son périple américain, ce qui nous fera en conséquence guetter l’actualité de ces étranges lucarnes et autres salles obscures.
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