La chronique
Au moment où son légendaire conjoint relève les compteurs avec une relecture balloche de ses grands succès du passé, la grande Françoise regarde vers l'avenir avec rien moins que son vingt-sixième album studio, ce qui n'est pas un catalogue à la portée de n'importe qui.
Tant de Belles Choses, en 2006, portait son titre avec justesse, et on pourrait encore l'employer ici, tant les treize titres proposés sont d'une facture classique parfaite, tout de mots choisis avec soin, avec ce côté un peu suranné d'une écriture qui n'a rien à voir avec la pratique des SMS. D'ailleurs, pour consolider cet aspect ancien, elle vouvoie avec distinction l'objet de son c?ur, dans le très efficace « Noir et blanc » (sur une mélodie signée Calogero, qui s'est appliqué, pour une fois) ou dans le théâtral et mutin « Je ne vous aime pas ».
Pour sculpter cet opus de saison, Hardy a convoqué un partenaire fidèle, Alain Lubrano, qui collabore avec elle depuis déjà plusieurs disques. Il signe la plupart des musiques, comme un désormais double plausible. On rencontre aussi une théorie de nouvelles plumes : La Grande Sophie, Jean-Louis Murat (pour un confidentiel « Memory Divine » qu'elle chante avec le charme de la maladresse en anglais dans le texte), ou encore Arthur H, qui livre avec « Les Mots s'envolent » une définition au plus près de l'art de Françoise Hardy : faire s'envoler les mots parce que les mélodies sont légères autant que les mots sont graves. On croise encore Ben Christopher, Thierry Stremler, et Pascale Daniel, tous trois déjà présents sur Tant de Belles Choses.
Dans cette configuration très acoustique, fondamentalement classique (guitares, pianos, violons), Françoise Hardy se sent manifestement à l'aise, et chante mieux que jamais, détendue, lâchée, libre de faire profiter de sa voix de soie. Car comme il est d'usage, l'essence du charme de cet album, comme de toute la collection, c'est bien sûr sa couleur vocale, cette caresse qu'elle module sur des textes qu'elle écrit avec soin et recherche, et dont l'adition provoque une émotion familière.
Raffiné et à vocation populaire, car pourquoi le peuple se contenterait de produits avariés, La Pluie Sans Parapluie, et son titre à la Brassens annonce un printemps ensoleillé.
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