La chronique
On nous pardonnera le sourire vaguement niais en préambule, mais chaque fois qu'il sera question de saluer chapeau bas l'activisme de Debout Sur Le Zinc (ajoutez La Rue Kétanou ou Les Ogres de Barback à l'addition, patron), et la capacité du groupe, donc avec quelques-autres, à mener haut et fier une carrière à l'écart des variétés verdâtres et prédigérées, on s'agitera dans le panorama : c'est du parti-pris, mais c'est comme cela.
Ceci posé, et dans la mesure où l'on ne fait pas uniquement de la bonne musique avec de bonnes intentions ou de bons sentiments, le sixième album de Debout Sur Le Zinc, produit par Jean-Louis Piérot, est peut-être une catastrophe, si ça se trouve. Examinons. Debout Sur Le Zinc n'est pas (plus) un groupe de flonflons et de fête à Neuneu : bien évidemment, on peut toujours chanter et danser très haut en l'air et crier de plaisir dans leurs chansons, mais on n'est définitivement pas chez Patrick Sébastien ici.
Ici, ce sont douze airs où les femmes, et les femmes qui s'en vont, se taillent la part de la lionne. C'est peut-être le chant, dans lequel perce une fragilité, et une mélancolie récurrentes qui nous font considérer cela, ou plus assurément, des histoires dans lequel le quotidien tue à petit feu un homme qui se demande qui il est, et comment on en est arrivé là. L'analogie in situ qu'on ose proposer, c'est l'exacte différence entre ballon rond et ballon ovale. Dans les vestiaires, les footballeurs parlent d'argent. Les rugbymen, quant à eux, étalent leurs doutes, affres, et besoin de tendresse au mitan de la place, entre pop et americana, l'âme slave déchirée par les départs, le foie rongé par l'indécision. Debout Sur Le Zinc, un groupe qui pourrait être sponsorisé par la Fédération Française de Rugby. Parti-pris, on vous dit.
Accessoirement, et juste avant de répondre à la question initiale, précisons que ce que DSLZ nous donne à voir et à comprendre de l'homme du XXIème siècle tranche avec tant de pertinence avec l'être exhibitionniste et à carapace que veulent nous refourguer tous les porteurs de Rolex du monde, qu'on ne peut qu'applaudir avec la dernière énergie. Et puis, et naturellement on l'avait compris, cet album n'est pas une catastrophe, mais un disque d'émotions, de main tendue et de poing dressé tout à la fois, une collection de bijoux chansonniers offerte par une équipe qui nous dit talentueusement un monde. Notre monde.
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