La chronique
Les chanteurs révélés par les comédies musicales peinent parfois à se dépêtrer de leurs oripeaux romantiques grandiloquents, quand vient l’heure d’affronter seul un public ébloui par le faste d’une grosse production (en l’occurrence ici par l’interprète du Roi Soleil, en personne).
Pourtant le défi a été relevé haut la main par Emmanuel Moire puisque son premier album solo, Là Où Je Pars (2006) s’est vendu à 200.000 exemplaires. Une réussite qui lui permet sereinement de prendre quelques risques. Avec L’Equilibre, il pousse le procédé d’affranchissement plus loin. Musicalement d’abord, puisque le chanteur délaisse les sonorités folks pour une électro-pop, surprenante. Pas vraiment novatrice, elle lui permet pourtant de faire un pas en avant et de se montrer sous un nouveau jour.
Crâne rasé, comme un prisonnier tout juste libéré, le premier single « Adulte et sexy » l’annonce donc sans trop de subtilité : le changement est aussi un moyen de s’affirmer et d’être pleinement en vie. Si les fans de Moiré suivront sans peine cette incartade vers les dance-floors, les néophytes ou les curieux pourront se demander si cet aventure rétro-futuriste (« Promis » semble avoir été composée dans les années 1980) est la meilleure façon de mettre en avant son atout charme, ce grain de voix chaud et cette tessiture ample qui lui permet de prospérer dans le registre sentimental (le réussi « Mieux vaut toi que jamais »).
De se perdre aussi (l’horripilant « L’Adversaire » et son vocodeur dispensable). L’intérêt de L’Equilibre n’est pas musical, il montre un chanteur de variété moins creux, plus vrai, qui se dévoile grâce à la plume de son auteur et ami Yann Guillon.
Il y a aussi le titre « Sois tranquille », qu’il a coécrit et dédié à son frère jumeau décédé récemment. Conçu comme un « requiem » au piano, il adopte un point de vue extérieur, en faisant parler son frère (« Je suis serein, je repose en paix, il faudra vivre et continuer »). En évitant le piège lacrymal, l’entreprise délicate se transforme en un morceau de bravoure. Moins théâtral, à en juger la pochette, Moire se déleste et passe un cap important.
Anne Yven
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