La chronique
On sait la porosité qui a cours désormais entre le milieu de la variété et celui du rock au sens large : Daniel Darc écrit pour Alizée, Oxmo Puccino pour Florent Pagny, Miossec pour Johnny Hallyday...
« Emprunter » Passi au rap avait été une réussite pour Calogero, lui offrant un vrai succès populaire, que depuis, il avait du mal à réitérer. La pop française souffre depuis toujours de ce « complexe » du texte, que le successeur d’Obispo, au milieu des années 2000, tente de soigner en conviant ici la crème des auteurs qui déterminent un univers supposé consensuel pour la critique. Dominique A (trois chansons), Goldman, Grand Corps Malade (qui participe également de la voix), Marc Lavoine, Dick Annegarn (deux titres), et Kent viennent donc tour à tour offrir leurs mots au chanteur, autour d’une thématique quasi unique qui tourne autour des sentiments.
Sur ce canevas sur mesure Calogero n’a plus qu’à exercer son art de la mélodie avec ce savoir-faire qui a déjà fait ses preuves : arrangements soignés mais sans risque, voix qui part vers le ciel pour emmener l’auditeur avec elle. L’écueil, c’est qu’on reste en territoire balisé, et en cela Calogero est bien le successeur des Goldman ou Obispo, des gens qui peu ou prou refont toujours à peu près la même chanson, car ils ont un langage mélodique unique qui les fait toujours évoluer dans les mêmes lignes. On reconnaît instantanément leur couleur, et cela rappelle toujours un peu quelque chose d’antérieur de leur catalogue. Ils n’ont pas cette liberté qu’avait un Polnareff, par exemple, ou un Voulzy, sans bien sûr remonter aux Beatles. Il y a pourtant quelques pépites ici, comme « La bourgeoisie des sensations », un texte effronté de Pierre Lapointe sur un homme dont la maîtresse préfère les femmes, orchestré à grand renfort de cuivres classiques, comme l’est tout aussi brillamment « J’attends » avec des violons échevelés.
L’ensemble reste cependant très lisse, c’est un travail de spécialiste, d’entrepreneur avisé et rompu aux techniques. Mais on aimerait y trouver une pointe de folie, un déséquilibre, un peu d’humanité sans doute. De celle qu’on entrevoit dans « Nathan », chanson sur un enfant autiste, qui ouvre l’espace sur une autre dimension.
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