La chronique
La fraîcheur de vivre n'est pas exclusivement réservée à la célèbre marque de chewing-gum américain. Séverin, auteur compositeur et multi instrumentiste invétéré, en a déjà fait part avec le groupe electro-pop One-Two et un faux premier disque, Cheesecake (2009). Décliné autour de quatorze chanteuses, ce dernier laissait entrevoir les possibilités d'un roi du harem improvisant à merveille le rôle du chef d'orchestre.
Cette fois-ci, c'est le bon album. Pour la première fois, Séverin s'y dévoile entièrement, racontant ses menus travers et ses grandes déceptions, ses joies primaires et ses petites délectations. Flanqué d'un véritable amour de la chanson - française, d'où le tricolore revendiqué de la pochette, il nous livre dix titres qui n'ont d'autre ambition que d'être réjouissants.
Ecrit après un chagrin d'amour, L'Amour Triangulaire parle de la magie des rencontres (« Un été andalou »), de la douleur post rupture (« Trois mois sous terre »), de la désillusion (« Pendu à la pendule », « L'Amour triangulaire »), de la nostalgie du couple passé (« Caresses automatiques »), de la ranc?ur presque hargneuse (« Les Yeux dans les yeux »), de la solitude de l'après en solitaire (« Mini-bar »), du retour à la vie (« En Noir et blanc »)... Bref, de l'amour (qui finit mal) en général. Mais dans la joie et la bonne humeur ! Si Etienne Daho avait été plus enjoué, plus léger, L'Amour Triangulaire aurait pu naître il y a une vingtaine d'années.
Heureusement, il n'en est rien. Malgré le pessimisme de son constat sur les relations amoureuses, Séverin et son hédonisme assumé ne plongent pas une seconde dans la noirceur viscérale de Daho. L'album est à la fois volontairement daté, sonnant comme un disque de variété haut-de-gamme des années 1980 et inconsciemment - mais parfaitement - dans l'air du temps, et s'illustre comme un manifeste electro-pop des années 2000. Une mixture délicate que Séverin a concocté avec un certain goût du risque, le réalisateur Julien Delfaud veillant quant à lui à l'intelligibilité du son.
Enfin, la dernière espièglerie de Séverin se trouve dans le dernier morceau ici présent, « Le Dernier tube ». Se détachant du reste de l'album, il raconte les émois d'un chanteur sur le départ. Ce qui n'est pas prêt d'être le cas de l'artiste français. Au contraire, il semble avoir pris son élan, qui devrait l'amener plus loin encore dans les années à venir.
Sophie Rosemont
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