La chronique
Sur la pochette délicieusement ironique de ce premier album de Cali, le chanteur tient dans ses bras le chat qui vient de lui griffer furieusement le visage ; l’orage est passé et tous les deux sont calmes : voilà l’image de l’« amour parfait », qui résume bien le contenu thématique – amour, blessures et auto-ironie – de ce premier album. En treize chansons – tantôt entraînantes, tantôt mélancoliques et teintées de burlesque –, Cali croque les petites misères, les maigres joies et les tourments de l’amour conjugal. Si son humour est parfois empesé, si ses vers sont parfois bancals, il se révèle cependant souvent touchant, et fait mouche par son sens de l’anecdote et ses refrains diablement mélodiques (à l’image des tubes « C’est quand le bonheur ? », « Elle m’a dit »), que l’on se prend à siffler. Treize chansons, donc, comme autant de cicatrices sentimentales ou d’angoisses ordinaires et un univers qui rappelle les évocations de la banalité amoureuse de certaines chansons de Joe Dassin (« On s’est aimé comme on se quitte », « A toi » ou « Le Café des trois colombes », par exemple)… Car Cali l’auteur n’a pas la fierté amère, intérieure et virile d’un Miossec, ni la poésie âpre – voire absconse – d’un Jean-Louis Murat ; il chante dans une langue simple le drame des amours ordinaires – des portes claquées, des rancunes larvées, des séparations douloureuses, des tromperies –, qui pour commun qu’il soit reste évidemment douloureux…
Au-delà de textes et du chant – qu’on peut facilement trouver agaçants –, c’est la diversité des compositions qui surprend. Cali s’avère un compositeur vraiment doué, ce qui le place bien au-dessus de la plupart des artistes de la « nouvelle chanson française » aux compositions souvent indigentes… N’estimant pas que le texte doive primer la musique, il accorde un soin aux orchestrations, lesquelles, parfois profuses, sont tour à tour chargées d’auto-ironie ou de mélancolie douce-amère (à l’image du violon gémissant sur une rythmique pourtant entraînante dans « C’est quand le bonheur ? »). Quelques morceaux se resserrent cependant autour du chant, avec une instrumentation plus limitée, telle la poignante mise à nu de « Tout va bien ». Cali est un lyrique, un mélancolique et un passionné, un amoureux de l’amour, que consume l’espoir de trouver, même au fond de la banalité de l’amour, des instants de grâce. Sa ferveur de grand adolescent peut faire ricaner ; il reste néanmoins que ce disque est aussi sincère que beau. Une vraie belle surprise.
Mikaël Faujour
Réagissez