La chronique
Si l'on considère Frédéric Beigbeder comme ce qui se rapproche au mieux aujourd'hui de ce que l'on appelait il y a deux siècles un honnête homme (il écrit des livres mais il les critique, il critique les films, mais il en réalise), on est prêt à parier que les pièces retenues pour ce qui est vendu à l'encan comme le meilleur film de Beigbeder (ce qui reste positivement hilarant, dans la mesure où il s'agit ici de sa première réalisation), doivent offrir le plus chatoyant des juke-boxes.Et c'est exactement de cela dont il s'agit avec les quinze titres de ce programme, compilant un « I Love You » de The Aries, tellement connoté à la joyeuse époque où l'on ne sortait jamais sans son kit de batterie électronique qu'il en devient moins épouvantable, trois pièces climatiques de Martin Rappeneau (langueur de temps fait plus que force et rage), et une collection à suivre de mignardises simplement agréables, ou carrément historiques. On aura ainsi grand plaisir à retrouver deux (pour le prix d'une) versions des Moulins de mon c?ur, l'une interprétée par le compositeur Michel Legrand (présent à deux autres occasions ici, en particulier grâce à un définitif duo avec Nana Mouskouri), l'autre par celui qui en fit un énorme succès outre Manche, Noel Harrison, ou une belle interprétation de la Jazz Suite No. 2 de Chostakovitch, enfin débarrassée des périls des fluctuations bancaires. Répondent également à l'appel l'inénarrable Housse de Racket, l'impérial Nat King Cole, ou les très grinçants The Prodigy. Ellie Goulding chante Elton John (« Your Song »), et Elton John se chante lui-même, ce qui atteint in petto une autre dimension. Pour le reste, on reste dubitatif sur le nombre d'amateurs mélomanes qui goûteront à parité délices symphoniques et acidités de l'electro, complaintes suaves ou grandes pages de la comédie musicale. Mais si ces oiseaux rares existent, qu'ils s'identifient : le plaisir généré par cette collection de madeleines de Proust peut raisonnablement durer plus de trois ans.
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