La chronique
Trois albums en studio et un live en cinq ans, des concerts en quadrillage méticuleux, et des collaborations remarquées (dans nos étranges lucarnes, et en compagnie de Jacques Higelin, pour un duo sur le gainsbourien « Bonnie and Clyde ») : on ne peut reprocher au supposé futur du rock français de la jouer petit bras. Pas davantage qu'on ne reprochera à Katerine Gierak, casque capillaire en ailes de corbeau comme écho revendiqué à ce qu'offrit jadis (au siècle dernier) Pat Benatar, illustration de pochette, à mi-chemin d'une réminiscence de la groupie seventies Nadine Expert aux petits seins encuirés, et d'un martyre de Saint-Sébastien (ou de la légende de Guillaume Tell, au choix) un peu maladroit, de ne pas assumer, et racines, et contradictions.
Les racines sont celles d'une jeune femme d'aujourd'hui, légèrement innervée par ailleurs, et tout autant situationniste, car mettant à profit de savantes études en musicologie, et une inspiration très tôt branchée sur le secteur, pour tenter de transmettre sur scène (musicien) ce que l'on lui a interdit d'enseigner en classe (Capes raté). Les contradictions, ce sont celles, enfonçage de porte, qui végètent au c?ur de chacun d'entre nous, et qui donne désir à Mademoiselle K, faux groupe mais vraies bottes de cuir, de débuter cet opus par une déferlante à vocalises enfantines - « Aisément » - (sifflotement primesautier en préambule d'un chant défaussé circa Pixies) aux petits oignons du crissement, pour s'épanouir (à peine ) plus loin dans des ballades méticuleusement déchirantes.
Ainsi, « Laurène Lhorizon » croît, qui l'eût cru, dans la soie d'un arpège de piano en sourdine, d'une voix attendrissante à force de faire ce qu'elle peut dans les basses, et d'un quatuor à cordes. Et en conséquence, Mademoiselle K, à travers ces treize chansons générées dans la solitude du compositeur de fond, voyage grâce à des guitares brinquebalantes néo-rockabilly (« T'es mort ? »), un mélodica un tantinet pervers (« La Corde »), ou une comptine bravache (« Branc », dans lequel, et hélas, nous pourrons tous nous reconnaître, puisque si ça se trouve [on] est né comme ça et c'est tout), et nous voyageons en sa compagnie. Encore davantage lorsqu'elle nous tend un portrait de Dorian Gray (la chanson-titre, par ailleurs premier single extrait de la sélection) en preuve absolue de l'éternité (et un jour) de ses refrains, où l'on fredonne tout haut ce que la chanteuse pense tout bas.
Produit par Antoine Gaillet (l'homme à la console du premier album), Jouer Dehors apprend la nuance, la tendresse et l'abandon (« Me taire te plaire »), et n'oublie pas la tension, l'ironie, et la colère. On ne le qualifiera pas d'objet parfait (car on espère ainsi que le prochain sera encore mieux), mais, sans convoquer un déisme au rabais (Mademoiselle K nouvelle icône du rock hexagonal), on diagnostiquera bien volontiers : ici, la flèche frôle le mille.
Christian Larrède
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