La chronique
Jetons en l’air quelques noms : les Smashing Pumpkins, bien sûr, mais également The Hives (pour l’élégance joyeuse dans le débordement d’énergie), ces braillards électriques de Supergrass, et Oasis aussi, car on finit toujours par citer Oasis. Maintenant, observons le résultat : tous ces noms se sont écrasés à terre, alors que les quatre de Soma (d’après Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley), sempiternels anciens copains de lycée, se tiennent fièrement devant nous, les pieds commodément fichés dans l’asphalte.
Á leur place, on en ferait tout autant : après un album auto-produit, unanimement salué ici comme un produit de classe, puissant et bourré d’adrénaline, nos quatre compères ont en effet croisé un ami américain, en la personne du mixer esthète Dave Sardy (Dandy Warhols, ou Oasis, encore), jusqu’alors plutôt réservé en ce qui concerne le rock des mangeurs de grenouilles. Cela, c’est la fin de l’histoire. Auparavant, il aura fallu tourner (énormément, et pas qu’en France), composer (beaucoup, tentant de combiner l’instantanéité pop et l’électricité de cette musique qui nous occupe tous), et instaurer quelques incontournables préalables.
Ainsi, Jewel And The Orchestra a été enregistré suivant des recettes aussi éprouvées qu’analogiques, dans la douceur angevine, qui n’en demandait pas tant. Manifestement, le réalisateur Antoine Gaillet a découvert pour l’occasion les cent mille façons différentes de faire sonner une guitare, et la volonté de conserver intacte la pétulance du quatuor. D’une ouverture somptueusement balisée (« Get Down », tube d’hier et d’aujourd’hui, riche d’un feu d’artifice digne des Who) à quelques audaces (le texte en français de « James Dean », sombre constat de qui a bu, boira), en passant par un « The Backyard » et son orgue liquide, en jubilation d’une électricité retrouvée), Soma cavale comme un perdu par-dessus refrains, et licks nerveux.
Loin de la copie carbone, le groupe s’ingénie à aérer sa musique (les chœurs de « Funeral Party »), enfoncer les clous du tempo avec une farouche obstination (« 20 minutes »), débrancher les amplis le temps d’une émotion qui fleure bon le bois des guitares acoustiques (la chanson-titre), ou à feuilleter les œuvres complètes de Brian Wilson (« So Fine »). La conclusion de l’album (« Vanity ») démontre qu’outre des lettres, le combo est doté d’une sacré sensibilité, et de la capacité à générer des climats qui enflent comme un gros cœur qui bat. Ici, Lionel Buzac et les trois autres font en toute simplicité irruption dans la cour des grands : l’efficacité de leurs chansons mérite que ces derniers se poussent un peu.
Christian Larrède
Réagissez