La chronique
Un chanteur peut en cacher un autre : ainsi du deuxième album d’Albin De La Simone (jeune homme bien mis de sa personne, et pianiste virtuose), et de ses douze pièces faussement sages. Le quasi débutant a assez de rouerie dans sa science de la composition pour attirer l’oreille par des mélodies habiles, et des arrangements sophistiqués parfaitement au goût du jour, mais ses chansons s’avèrent tout sauf innocentes.
L’humour le partage en effet à la douleur, pour des inspirations souvent intimes qui nous font passer de l’autre côté du miroir. Au-delà d’un typique de reconstitution, la reprise de « Elle fréquentait la rue Pigalle » (emprunté au répertoire d’Edith Piaf), rappelle à satiété ce qu’était vraiment la chanson réaliste : noirceur et tension mortifère à tous les étages. Ailleurs, on retrouvera (« Démonia ») une brillance héritée de Paul McCartney. Et la reprise du duo incestueux (« Somethin’ Stupid ») de Frank et Nancy Sinatra, ici interprété en compagnie de Jeanne Cherhal, se nimbe de toute la perversion du monde.
En conclusion de l’album, une longue (plus de vingt minutes) pièce au piano rappelle que réduire Je Vais Changer au statut de disque de variété constituerait une grave erreur appréciation, et ne pas voir en Albin De La Simone un nouveau talent de la chanson française un aveuglement coupable. Christian Larrède
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