La chronique
Yves Jamait sort d’un autre temps. Alors à force d’entendre ses rengaines « à l’ancienne », on pourrait s’en lasser. Je Passais Par Hasard est son meilleur disque.
Sur la pochette, il réajuste sa cravate, mais il n’a pas retourné sa veste à rayures. On entend toujours la révolte gronder dans « Nous nous reverrons », un titre fort sur le déchirement des familles immigrées reconduites aux frontières. L’auteur se fait grinçant sur la religion mais avec moins d’aisance dans « Athées souhaits ». « Je passais par hasard », titre anodin cache un morceau d’une grande sensibilité sur la violence conjugale. Jamait montre à nouveau un talent indéniable pour dire la souffrance intime, en particulier celle des femmes. Et il continue de leur rendre hommage.
Dans son premier album, il célébrait la beauté des femmes mûres, là c’est leurs mains consolantes ou usées qu’il évoque. Un vrai bijou. L’ombre de Jacques Brel est toujours présente sous forme de clin d’œil. Après avoir rappelé « Vierzon », là il clame « Quitte-moi » sous la plume de Bernard Joyet. Il espère « vider aux ordures la poubelle remplie d'habitudes trop mûres ». Déclaration à sa compagne sur quelques notes de piano dépouillées dans « En deux mots » : « ces petits bonheurs que tu as su semer sur nos deux solitudes » dit-il. La solitude que l’on retrouve sous forme humoristique dans « Célibataire ». Romance façon Jules et Jim quand il reprend une chanson d’Ute Lemper rebaptisée « Les Deux amants ».
D’ailleurs, cette fois-ci, Jamait a confié son univers à d’autres auteurs, Allain Leprest (« Boa d’amour ») et Dorothée Daniel (« Je suis vivant »). Les mots défilent sur une musique souvent mélancolique et moins festive que par le passé, toujours flanquée de cet accordéon qui fait la différence.
Paula Haddad
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