La chronique
L'intitulé pourrait ressembler à une déclamation péremptoire et bravache, mais, après tout, les quatre années qui séparent ce troisième album d'un précédent effort éponyme (couronné de succès critique et d'une large reconnaissance publique) peuvent être logiquement interprétées comme mises à profit pour remettre les choses à plat, voire les pendules à l'heure, au sein du trio des Yvelines.
Quatre années donc à tourner comme des malades (c'est le genre qui veut cela), mais également à se poser dans un coin du Point Éphémère, centre artistique, particulièrement dynamique, et parisien. Un ami cède alors aux trois musiciens quelques claviers vintage, qui leur permettent de passer aux couleurs irisées d'un véritable kaléidoscope harmonique leurs pop-songs, plus torturées qu'il n'y paraît de prime abord. Juste avant de tourner en rond, baignés par l'autosatisfaction de leurs talents désormais confirmés, Julien Bonnet, Richard Magnac et Jérôme Coudanne écoutent (beaucoup) MGMT, et en discutent (énormément) avec Gaëtan Roussel. Une vieille histoire que cette connexion avec Louise Attaque et Tarmac, en résurgence de maintes premières parties, tournées communes, ou participation du violoniste Arnaud Samuel à l'album Déportivo (2007).
Le reste de la démarche n'est affaire que d'alchimie (avec un musicien, certes, mais dont la collaboration avec Alain Bashung ou la mise en sons de son propre disque, lui permet désormais de fièrement arborer les galons de réalisateur émergeant de la scène rock française), mais c'est déjà beaucoup. Beaucoup, ce sont douze chansons aérées, tendues et lyriques, en mécaniques souples de western léonien (« Au Saut du lit ») ou de valse ivre aux cuivres majestueux (« Pistolet à eau »). Ici, on salue la consécration d'un chanteur (Jérôme Coudanne), dynamisé par les espaces mélodiques créés. Là, on relève l'influence et l'élégance de ponts entre sixties insouciantes à la Shadows (les guitares qui font vibrer les diaphragmes), et attaque pince-sans rire que ne renierait pas Julian Casablancas, comme dans l'épatante chanson d'ouverture (« Fais-moi comprendre »). On a partout raison en fait, et jusque dans cet ailleurs qui souligne la malice de Roussel à autoriser Déportivo à diversifier ses offres (il suffit pour cela du constat qu'il a participé à la composition mutine de la chanson-titre).
On a tellement fait porter à Déportivo le salut du rock français que le délai nécessaire à la production de ce troisième opus a a priori toutes les apparences d'une bénédiction : la fièvre retombée aujourd'hui, le pays est prêt pour cette palette riche, inédite, et novatrice qu'offre Ivres et Débutants. Au fait : c'est quoi, ce super nouveau groupe ?
Christian Larrède
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