La chronique
On a attendu Lenny Kravitz au tournant (à partir de 1994 et des premiers albums décevants), puis on n’a plus rien attendu de lui. It Is Time… n’offre assurément pas la merveille supposée (et proclamée), mais convenons que ce huitième album recèle quelques-uns des plus habiles (et plus réjouissants) « à la manière de » de l’Américain.
Lenny Kravitz a toujours œuvré pour alimenter le sentiment inextinguible qui anime chaque amateur de rock (« C’était mieux avant et moi, surtout, j’étais mieux avant ») : la nostalgie. Il a ici décrypté l’ensemble des signalétiques de Led Zeppelin (et, en premier lieu, du jeu du guitariste le plus flamboyant qui soit, ce Jimmy Page apte à renvoyer à ses chères études la concurrence et d’un simple coup d’archet encore). Puis, il s’est attaché à élaborer un album archétype d’une saga idéale (hier) et une troublante mise en abyme (aujourd’hui aussi bien qu’hier, qui pourtant se voulait flamboyant demain). Tout en conservant un sens inné – et quasi journalistique – du titre définitif (« A Long and Sad Goodbye » en hommage à son père, « Back in Vietnam », évocation de la guerre… d’Irak) et, même si les chansons qui suivent déçoivent parfois, Lenny Kravitz laisse souffler un invraisemblable vent de fraîcheur, dans ce qui pourrait n’être qu’un musée moisi.
Malgré des vertus d’encyclopédiste élevé à la hauteur de l’un des Beaux-Arts, le musicien semble de plus s’ouvrir au monde : le guitariste Craig Ross, désormais compagnon de longue date, participe à la composition de plus de la moitié des chansons. Et Lenny Kravitz, qui produit, chante et assure pas moins de dix-huit instruments différents, a toutefois fait appel à l’un des rejetons de la famille Shankar pour quelques tressaillements de sitar.
Entraîné par les singles « Bring It On » et « I’ll Be Waiting », l’album It Is Time for a Love Revolution connaît un parcours immaculé qui le conduit jusqu’à la quatrième position des charts américains.
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