La musique tient une place prépondérante dans l'une des scènes d'une ?uvre qui, à l'heure où sont rédigées ces lignes, s'est déjà imposée comme le quatrième plus grand succès de tous les temps du cinéma français, et c'est lorsque François Cluzet et Omar Sy débattent avec fièvre des mérites comparés du funk et de la musique dite sérieuse, comme si l'on ne pouvait apprécier à la fois Earth, Wind & Fire (ici présent grâce au sublime « September » et au farouchement dansant « Boogie Wonderland ») et Vivaldi (le cher Antonio ayant fourni pour l'occasion un mouvement de son Concerto pour 2 violons et orchestre en la mineur Opus III No. 8).
Ainsi, identifiant chacun des deux personnages principaux à une esthétique musicale particulière, la bande originale d'Intouchables suit cette imparable dichotomie, alternant triomphes populaires (Nina Simone, George Benson, ou Terry Callier, on en conviendra : rien que des bons) et partitions plus méditatives, quant à elles confiées au compositeur Ludovico Einaudi (on se souvient de son score pour le très salué This Is England). Entre mélancolie et répétitivité voire minimalisme directement inspiré de l'école américaine, lyrisme enraciné et emprunts à l'electro ou à des groupes comme Radiohead, le Turinois a en effet offert trois thèmes issus de deux précédents albums (Una Mattina et Divenire), et deux compositions originales : « Cache-cache » et « Writing Poems ». Et il atteint à tout coup cette universalité qui apparie talentueusement l'ancien et la contemporanéité.
En un seul opus, l'auditeur lambda aura donc l'occasion de goûter successivement aux joies de la musique classique, de la soul, et de la musique contemporaine : un exploit à la hauteur du raz-de-marée, actuel et fédérateur, d'Intouchables. Á noter que l'édition prestige de cet album offre de particulièrement bien venus extraits de dialogues, une chanson (« Red Light ») du groupe de Leeds Vib Gyor, ainsi que l'affiche officielle du film.
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