La chronique
Si l'on considère que, parvenue à une dimension planétaire, une star appartient à tout le monde, et autorise tous les tripatouillages post-mortem, alors on conviendra qu' « Immortal » constitue l'un des sommets discographiques de l'année 2011. Ou, plus sérieusement, on rappellera la maxime des aïeules landaises, selon laquelle tout fait ventre, pourvu que tout le monde soit d'accord.
Or donc, il s'agit ici de nouvelles versions de hits référencés de Bambi, ou de nouveaux arrangements, ou de versions pour chorales, ou des titres aux prises inédites, ou de remastérisations, ou quoi que ce soit d'autre, à l'usage d'un spectacle du Cirque du Soleil (un machin au tarif extravagant qui parcourt actuellement le monde), qui avait il y a quelque temps pratiqué de même pour les Beatles (l'album Love). Le tout dans le but de ressusciter l'univers créatif de Jackson : dans un royaume imaginaire (ouh la), ce spectacle de danse, musique et fantaisie à l'âme enfantine (ouh la la) sonde l'âme jacksonienne (ouh la la la), nimbé - le spectacle - d'émotion et de puissance mélodique.
En fait de sonde, c'est bien de marteau-pilon dont il s'agit ici, celui utilisé pour enfler les orchestrations, dynamiser jusqu'à l'outrance les harmonies, et mépriser en fait le principe auquel se heurte de nos jours le cinéma, à savoir que, même en 3D, lorsqu'un film est mauvais, il est mauvais. Sans aucun souci de cohérence discographique, on pratique donc ici un amalgame de plus de 70 sources discographiques différentes, et on lui accole une étiquette usurpée (ceci n'est pas un album de Michael Jackson, dans la mesure où il n'a jamais voulu sonner ainsi, sinon...il l'aurait fait) qui enflammera le fan de Brooklyn ou de Sarcelle-Lochères.
Brandie comme une icône, la version alternative d' « ABC » (un peu plus de trois minutes de fraîcheur roborative et tropicale dans un monde de brutes avides et cupides) n'offrira qu'un argument au rabais pour convaincre de la nécessité de cet achat. Mais chacun fait comme il veut, face à un opus qui n'ajoutera définitivement rien à la gloire du créateur de « Thriller ». Comme à l'accoutumée et comme si cela ne suffisait pas, l'album est disponible en version deluxe, et toutes ces sortes de choses.
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