La chronique
A cinquante-sept ans, l’une des dernières légendes de la soul music se prend peut-être pour un jeune homme, à courir de pareille façon sur l’illustration du livret, mais la musique contenue dans ce disque du grand retour (si tant est qu’Al Green soit parti quelque part) démontre amplement que le Révérend a bien raison de se sentir mû par une fièvre juvénile.
Il faut dire qu’il est pressé de retrouver son éternel alter-ego, ce Willie Mitchell qui sut si bien mettre en valeur la voix extraordinaire, il y a de cela plus de trente années, et qui, encore aujourd’hui, démontre sa parfaite complémentarité. Et il convient également de préciser que ce come-back ne s’opère pas sur la pointe des pieds, manière plus ou moins élégante de relever les compteurs de la nostalgie : ici, Mitchell et Green ont signé toutes les chansons (rock, ballade pour grand orchestre, blues gorgé de swing), et se sont entourés de quelques fidèles amis musiciens qui ont fait les beaux jours des premières sessions Motown).
Et I Can’t Stop exsude de cette joie, cette force vitale qui nous laisse accroire que le temps ne passe pas de manière identique pour tout le monde, et, in fine, sépare le talent du génie : « I Can’t Stop », exultante chanson-titre, ne suscite qu’une seule envie. Ecouter les onze pièces qui suivent. L’album I Can’t Stop intégrera le Top 100 des charts américains (53ème position), entraîné jovialement par le single précité, ce qui n’est, pour une fois, que justice.
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