La chronique
Le pari du double-album est toujours risqué. Si The Wall ou Mellon Collie and the Infinite Sadness restent deux des meilleurs albums de l'histoire de la musique, l'exercice reste ardu pour le commun des mortels, même lorsque l'on a le talent d'Anthony Gonzalez, alias M83. Débarrassé de tous complexes grâce à des critiques élogieuses (méritées) des précédents opus Dead Cities, Red Seas & Lost Ghosts et Saturdays=Youth, le Français s'est lancé tête baissée dans ce Hurry Up, We're Dreaming avec l'envie d'en découdre avec, cette fois, toutes ses influences, lui qui s'était vu estampillé enfant unique du shoegazing cher à My Bloody Valentine et d'une electro pop vaporeuse et onirique.
Ici, Anthony Gonzalez éclaire ses appétences musicales d'une toute autre lumière, celle de la synth-pop FM des années 80, comme sur le douteux « Reunion », mix entre Peter Gabriel période « world » et une musique de pub pour une mutuelle ou un gel douche, au choix. Heureusement, l'excellent single « Midnight City », moment véloce et épique de ce premier disque, abandonné sur un saxo déjanté d'une classe folle, suit l'évanescent « Intro », en featuring avec la très à la mode Zola Jesus (Nika Roza Danilova à l'état civil).
Mais c'est sur le deuxième disque que M83 se fait finalement plus efficace et inspiré en ouvrant sur « My Tears Are Becoming A Sea » et ses envolées lyriques magnifiques, qui ne sont pas sans rappeler les meilleures heures de Mercury Rev (Deserter's Songs). Juste derrière, « New Map » a ce don de faire ressurgir les meilleurs Britanniques du début des années 90, comme Ride, et d'autres pépites sonico-pop du label Creation, tout en étant clairement identifiables et conscrits dans l'univers propre de M83.
On regrettera cependant cette voix masculine, au ton incantatoire, qui vient scander quelques bouts de refrains par moments. Dispensable, pour rester poli.
Du coup, les instrumentaux de disque deviennent des plages de repos bien méritées, comme sur le doucereux « Another Wave From You ». Les ch?urs féminins s'en sortent finalement beaucoup mieux (« Splendor », « Echoes Of Mine ») et le disque se termine aussi bien qu'il avait commencé, avec un « Klaus I Love You », cradingue, foutraque, du meilleur acabit; et une « Outro » aux couches multiples, aux nappes de claviers savantes.
Alors oui, le pari du double-album est un risque, mais force est de constater que de M83 transpire un véritable et inébranlable talent, une insondable aura qui lui permet - à tort ou à raison, vaste débat - de faire à peu près ce qu'il veut, tout en restant terriblement séduisant.
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