La chronique
Avec ce 5ème opus, Katerine en dit long sur son avenir. Avec pas moins de 16 chansons, l’artiste vendéen nous livre une version encore inédite de son cerveau. La collision violente entre ses peurs infantiles et mortuaires sur fond de poésie burlesque. C’est la fin du malentendu médiatique, faisant accéder l’artiste aux prestigieuses couvertures.
Le disque a été enregistré durant l’hiver et une partie du printemps 2002. Grâce aux Recyclers ou aux nantais Philippe Eveno et François Ripoche, les différentes pépites révèlent une multitude de trouvailles dans un style à la fois vif et léger. Un gigantesque puzzle créatif, dont certains aspects sont encore à l’état brut. C’est surtout l’aboutissement d’une écriture à plusieurs mains qui atteint son summum grâce à ses invités (Général Fifrelin et Boulette). Et si le disque s’avère des plus complexes pour le profane, il se laisse découvrir au fur et à mesure. Une longue exploration qui explique le lent démarrage du public. La voix est traînante et lascive. Les paroles sont hallucinées et pléthoriques. La pochette est elle signée par l’agence M/M, qui s’occupe habituellement de Björk.
Poursuivant l’aventure de Les Créatures, cet opus mêle rêves, délires musicaux et humour. On côtoie le mysticisme autant que la chronique légère dans un cabaret onirique aussi stupide que drôle et poétique. L’expérimentation et l’exploration de nouvelles frontières sont toujours là. Pour preuve l’assourdissant capharnaüm de « Wallis et Futuna ». Car, enfin débarrassé de son étiquette de « naïf » dopé à l’easy listening, Katerine prouve qu’il appartient davantage à l’école de la pop métaphysique (Brian Wilson, Carlos Jobim, …). Au milieu de l’album, l’artiste s’amuse à imposer deux « faux live », jouant les suicides commerciaux assumés. Puis, grâce à « Des étoiles » ou « Inutile », il se lance dans le tube populaire préfabriqué, à la limite de l’autodérision.
L’album est surtout une manière d’assumer un virage, quittant les vintage 60’s bricolées pour des horizons plus élargis auprès de l’intelligentsia underground. Ses expérimentations, ses questionnements existentiels et son joyeux nihilisme en font un triptyque séduisant qui rappelle notre propre complexité. C’est un refus des clichés qu’il signe d'une patte personnelle ayant su accepter sa part sombre.
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