La chronique
Bon, ça, c'est fait : le premier album du nouveau Justin Bieber est enfin sorti, mettant par la même occasion un terme à l'impatience d'une foule de fans de par le monde, et, en particulier, des professionnels de la profession, ces derniers concevant à juste titre que, tant que des produits comme Hold On 'Til The Night existeront, l'industrie du disque ne sera pas tout à fait moribonde.
On ne s'arrêtera qu'à peine sur l'aspect profondément baroque d'une prémisse de carrière, s'ébrouant sur le Net, et consistant à faire fredonner à un adolescent pré-pubère de dévastatrices mélodies d'amour, et sur le caractère cataclysmique que va avoir sur ce pauvre petit garçon une aussi rapide mise sur orbite - rappelons que Greyson Chance est co-managé par les gestionnaires des carrières de Madonna et Lady Gaga, ce qui peut raisonnablement faire froid dans le dos - même si c'est toujours agréable d'être mondialement célèbre cinq minutes durant. Après tout, si le show-business, manipulateur en diable, était doté d'un quelconque sens moral, cela se saurait.
Or donc, on t'a reconnu, marketing, sors de ce corps, et cesse de faire chanter à quelqu'un qui n'était hier encore qu'un enfant, des romances, non seulement pour adultes, mais pour adultes raisonnables, c'est-à-dire propres sur eux, uniquement concentrés sur leur groupe ethnique, et farouchement hétérosexuels. Voilà ici résumé cet album : habilement composées (il ne manquerait plus que cela, considérant les moyens investis), nimbées d'orchestrations romantiques pour calendriers de La Poste, correctement chantées (Chance module juste, même si sans âme), les chansons évoluent toutes dans un créneau de pop adulte qui ravira l'Amérique blanche.
Et elles nous content ces fadaises enrobées de violons, et tout piano en avant (il convient de rentabiliser les trois années d'apprentissage du petit bonhomme) qui ne peuvent que fonctionner with a boy like me, with a girl like you. On précise que cette collection de dix chansons débute par le premier titre exploité en single, et ce dès l'année passée (« Waiting Outside the Lines »), et se poursuit avec « Unfriend You », deuxième refrain mis sur le marché, que la sélection inclut bon nombre de pièces douces et suaves comme des confiseries (jusqu'à l'invraisemblable frotti-frotta de « Take a Look At Me Now » et ses tentations de falsetto), ainsi qu'un refrain digne et pop en la présence de « Stranded ». Pour le reste, on s'avoue incapable de prédire si ce disque aura, ou pas, du succès.
On espère simplement, et avec toute la sincérité du monde, que Greyson Michael Chance, à l'instar de tous ces enfants chanteurs aux destins fracassés contre les parois d'un tiroir-caisse, ne laissera pas trop de plumes dans cette aventure.
Christian Larrède
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