La chronique
Qualifié par la presse de l’époque de «premier poème symphonique de l’age pop», ce premier concept-album d’une série de trois, casse complètement les structures classiques. Il étire sur un ensemble de morceaux une unique histoire. Minutieusement orchestrées entre classique et jazz-rock, ces pièces vont du flash au pouvoir fortement évocateur («Valse de Melody», «L’hôtel Particulier») à la suite très développée («Melody», «Cargo culte»). L’égarement, si fréquent dans ce genre d’exercice, est ici toujours évité. L’ensemble de 28 minutes reste paradoxalement dépouillé et extrêmement efficace, apport de Jean-Claude Vannier arrangeur de l'album. Le thème est évidemment inspiré de Nabokov, mais ici projeté dans un temps suspendu, une somme d'instants magiques. L’illustration musicale baroque souligne les moments d’exception d’une rencontre, puis d’une perte, qui conduit aux portes de la folie (conducteur repris plus tard dans L’homme à tête de choux).
Véritable miracle d'équilibre entre ses multiples facettes muicales et narratives, l'album révèle des basses presque trip-hop, hypnotiques et omniprésentes, le début des «talk-over», ce style parlé-chanté que Gainsbourg utilisera beaucoup ensuite ainsi que les développement progressifs en phrases symphoniques avec chœurs. Ajoutons l’apport de l’esprit studio de l’époque, début d’expérimentations progressives , le bruitage vent de la fin de «En Melody» puis la montée de «Cargo culte» ne sont pas sans évoquer les pointures dominantes du moment comme Yes. Ici l’exercice, décliné à la française, est totalement réussi et reste un des plus beau embarquement au voyage jamais proposé de ce coté du channel. Album qui a fait s'épencher des générations, «Mystérieux, mystique, oriental, pur et pervers à la fois» (Jane Birkin), Melody Nelson peut sans conteste postuler au titre de meilleur album français (du XXème pour le moins).
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