La chronique
Parfois, les musiciens blancs paient leur tribut à leurs grands frères noirs... Après une série d’albums médiocres, ou mal distribués, ou usés, ou les trois, Muddy Waters emprunte en 1977 la douce pente qui l’entraîne vers le statut de curiosité ethnologique. Johnny Winter, guitariste, texan, et albinos, a une autre idée du scénario.
Il installe donc Waters dans un studio confortable, et l’entoure, non pas de vagues stars blanches du genre, mais bien de musiciens compétents (le guitariste Bob Margolin), par ailleurs compagnon de longue date du chanteur et guitariste (l’harmoniciste James Cotton, qui sut si bien faire oublier l’empereur de l’instrument Little Walter), ou des légendes vivantes en propre (le pianiste Pinetop Perkins). Et d’un batteur, en humble artisan de l’ombre, mais cheville ouvrière incontournable de l’aventure, le batteur Willie Big Eyes Smith, bavard et prolixe, sur ses tambours, comme un vrai jeune homme.
Tout ce beau monde s’invective donc, ou s’encourage, et s’exhorte à pousser encore plus loin les rives marécageuses de ce blues, qui reste un idiome unique dans l’expression des affres, doutes, et jubilations de l’âme humaine. Muddy Waters apporte la même satisfaction matoise à chanter et jouer de la guitare sur quelques pierres fondatrices du genre (« Mannish Boy », « I Can’t Be Satisfied ») qu’à poser, frondeur et séducteur, sur la pochette d’un album qui sanctionne le retour d’un roi du blues, serein et déterminé.
Hard Again n’entrera qu’à grand-peine dans le Top 150 des charts américains, ce qui est une aimable plaisanterie. En revanche, le disque se verra honoré du Grammy Award de meilleur album de folk traditionnel (sic) de l’année.
Réagissez