La chronique
Un premier album, c’est, de part et d’autre, un peu comme une rencontre amoureuse : on se renifle, on se livre pour mieux se dissimuler, et on se teste en permanence.
Américaine grandie au Canada, Grace se découvre donc, en se dissimulant derrière ses voyages (le Kenya tout d’abord, puis plus généralement l’Afrique, quelque part entre Ethiopie et Sénégal, mais également la Californie, et l’Alsace). Et puis, il y a, plus explicite encore, la musique, ces racines qui finissent toujours par pointer le bout de leurs notes au coin d’un couplet : donc en synthèse de ce qu’elle aime, et de ce qui la nourrit (folk, blues, jazz, gospel, reggae), Grace évolue avec…distinction, portant haut son chant délicat de jeune femme observatrice (les jeux amoureux), pas dupe (la course cruelle du monde), prophétique même (la saine révolte, évoquée dans « Imagine One Day », lennonien pas uniquement dans le titre, malgré le déhanchement du rythme jamaïcain).
La novice s’autorise même une reprise du « Working Together » d’Ike and Tina Turner, comme pour mettre, en toute audace, tout le monde d’accord quant à ses capacités vocales. Choisie pour offrir la réplique à Wasis Diop dans l’une de ses dernières compositions, Grace avance avec la ferveur, le culot, et la conviction de son âge : que les petits cochons ne l’empêchent pas de chanter…
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